Insolite ?

Chine : Combats de grillons à Hong Kong

Au fils des chaussettes

Prospective

Repères

Pékin : du gazon pour les toits

Eléphants roses

Réchauffements

Nouveaux records

Asie : c’est du sérieux !

Asie argentée…

Ca s’en va et ça revient…

Islam de fond

Chine : Combats de grillons à Hong Kong

Chine : Combats de grillons à Hong Kong, la police arrête 115 parieurs : La fièvre du jeu qui sévit à Hong Kong s’est portée sur un genre qu’on croyait disparu, les combats de grillons. Ces combats remontent en effet à la dynastie des Tang (618-907) et étaient un passe-temps des classes supérieures. Près de 200 insectes ont été saisis dans un club de Mongkok où se tenait une sorte de championnat opposant des insectes de Hong Kong, Macao et Canton. Une petite fortune, car selon le South China Morning Post, un grillon de combat champion peut coûter jusqu’à 3.000 €.

Japon, une visite recommandée : Celle d’un site internet musical qui vous donnera l’idée d’un certaine modernité japonaise : http://512kb.net/num1000remix-hi.swf

Thaïlande : Le ministre de l’Education nationale a interdit les châtiments corporels dans les écoles : 200.000 enseignants du secondaire se sont mobilisés contre une décision qui selon eux bafoue leurs droits. Ils ont été rejoints par de nombreux parents, inquiets de cette perte de tradition.

Chine : naissance du numéro un mondial des téléviseurs : TCL et son homologue Thomson créent une multinationale qui surpasse en taille Sony ou Samsung. TTE est basée à Shenzhen, contrôlée à 67 % par les Chinois, et 9.000 salariés de Thomson sont désormais transférés sous direction générale chinoise. Li Dengsheng, qui préside le groupe, a recruté un DRH chinois, diplômé de la Sorbonne.

(Le PrepAsien N°14-octobre 2004)

Au fils des chaussettes

La société Solid Alliance a présenté à Yokohama une variété de clés USB en forme de sushi. Les capacités de stockage de données des supports amovibles vont de 32 mégaoctets pour les rouleaux de thon ou de concombre, vendus 6.000¥ ( 43,50€ ) à 128 mégaoctets pour les coupelles d’oeufs de saumon ou les sushi au thon, proposés au prix de 8.200¥ ( 59,50€ ).

En Chine, la taille moyenne des enfants de 3 à 18 ans a cru de 3,3 cm entre 1992 et 2002, mais c’est en volume qu’il ont le plus grandi, à tel point que le problème est reconnu aujourd’hui comme une priorité. Le ministère chinois de la santé estime que quelque 200 millions de chinois souffrent de surpoids et 60 millions d’obésité, soit respectivement 23% et 7% de la population. Ces taux atteignent 30% et 12,3% en zones urbaines… Le Beijing Morning Post estime tout de go que les Chinois ne mangent plus chinois. « La consommation de riz diminue au profit d’aliments à haute teneur en cholestérol » note le journal qui vise sans la nommer la restauration rapide qui se développe en Chine. Vu de l’extérieur, la politique de l’enfant unique semble davantage responsable de cette épidémie car, surtout si c’est un garçon, l’enfant est tellement précieux aux yeux de ses parents qu’ils ont tendance à le gaver.

Konaki sumo : Il est encore temps de réserver votre place au prochain concours annuel de bébé qui pleure, prévu en février au temple de Saikyoji dans l’île de Kyushu. Les règles en sont simples : Un prêtre se place entre deux bébés âgés d’un an au maximum et crie très fort. La sagesse populaire dit que « les bébés qui pleurent grandissent vite ». Le bébé qui crie le premier est donc déclaré vainqueur, car les dieux l’ont doté d’une bonne santé. L’origine de ce rituel remonte à plus de quatre siècles et serait une célébration des enfants des prêtres. Ceux qui habitent Tokyo pourront se rendre fin avril au temple Sensoji à Asakusa pour assister à des joutes similaires

Aux fils des chaussettes : Datang et les dix-huit communes alentour produisent 35 % des chaussettes de la planète, soit six milliards de paires par an. A la fin des années 70, les premiers producteurs de chaussettes de cette bourgade rurale étaient des paysans qui récupéraient de vieilles machines manuelles, souvent travaillaient la nuit pour contourner les interdictions, et vendaient illégalement leur production au bord des routes. Aujourd’hui, l’industrie de la chaussette emploie près de 200 000 personnes dans 10 000 entreprises. Le site www.zhejiangsocks.com/page/sccj.htm présente l’une de ces entreprises. Constatant le succès de cette initiative paysanne, les autorités ont créé en 1988 la ville de Datang à quatre heures de route au sud-est de Shanghai. Les exportations vers les Etats-Unis sont passées de 70 à 265 millions de paires entre 2002 et 2003… Yang Liming, directeur de l’industrie du gouvernement municipal, explique : « Je suis très optimiste car après 2008, en raison des accords bilatéraux, les Etats-Unis ne pourront plus plafonner nos exportations. Nous connaîtrons une croissance partout, en Europe comme aux Etats-Unis, sans perdre de vue le marché chinois. »

Le PC chinois conquérant : Créateur de l’ordinateur personnel en août 1981, IBM a décidé de se retirer le premier d’un marché dont il juge la rentabilité trop faible. Un accord a été trouvé avec le groupe Lenovo, premier fabricant chinois de PC avec 25% du marché local et 2,6% du marché mondial. Le groupe Lenovo a été créé en 1984 par des informaticiens avec la bénédiction des pouvoirs publics. Il a fabriqué son premier PC en 1990, et son millionième huit ans après. A l’image d’un autre chinois, TCL, devenu le premier fabricant mondial de téléviseurs en prenant sous sa coupe la branche téléviseurs du français Thomson, le troisième fabricant mondial de PC verra ainsi le jour au second trimestre 2005 avec 8,2% du marché derrière Dell et Hewlett Packard. Le siège mondial de Lenovo se déplacera à New York, et IBM possédera 18,9% du groupe.

(Le PrepAsien N°15-janvier 2005)

Prospective

Après quelques mesures pour refroidir leur économie, les Chinois conservent des taux de croissance très élevés, et les économies développées en viennent à manquer d’acier sur fond de flambée des prix : Arcelor estime que le prix du minerai de fer a augmenté de 30 % en deux ans, celui des ferrailles de 100 % et celui du coke de 400 % en un an.

Le dynamisme de l’économie chinoise est-il soutenable dans la durée ? La question est en général abordée en évoquant les éléments qui hypothèquent le court terme. On peut ainsi mettre en avant les risques géopolitiques de la Chine : Taïwan, réunification des deux Corées, pression indépendantiste des minorités ethniques, relations avec le Japon, avec l’Inde. On peut aussi considérer la grande inégalité de la répartition des fruits de la croissance et l’ampleur du chômage et des zones de pauvreté qui constituent autant de poudrières sociales. On rappellera bien sûr les énormes faiblesses du système financier, la corruption, le déficit de gouvernance économique, les surcapacités industrielles, l’obsolescence et le poids des entreprises étatiques. Et on n’oubliera pas les problèmes d’exode rural, d’urbanisation mal maîtrisée et l’impact environnemental dramatique du développement économique chinois… Toutes les bulles spéculatives éclatent un jour, et les pénuries et flambées de denrées de base pourraient commencer à diminuer dès 2005 sous l’influence conjugée d’une baisse de la demande américaine et d’une remontée du dollar. Le dynamisme de l’économie chinoise s’inscrit toutefois dans un processus de rattrapage qui connaitra des fluctuations mais devrait durer plusieurs décades.

L’ Earth Policy Institute s’est livré quant à lui depuis Washington à une intéressante simulation pour répondre à la question : considérant qu’ils sont déjà les premiers consommateurs de denrées de base comme les céréales, le fer et le charbon, que se passerait-il si les Chinois se mettent demain à vivre comme les Américains d’aujourd’hui ? Avec un taux de croissance annuel de 8 %, quelques 1 450 millions de Chinois auraient selon l’EPI un revenu par tête de 38 000 dollars US en 2031 - ou en 2040 avec un taux de croissance annuel de 6 %. Ils rouleraient dans 1 100 millions de voitures et consommeraient quotidiennement 99 millions de barils de pétrole, à comparer aux 800 millions de voitures du monde entier aujourd’hui et à la production mondiale actuelle de 79 millions de barils/jours. La production mondiale actuelle de pâte à papier devrait être doublée, de même que celle de charbon. La Chine émettrait autant de gaz à effet de serre que le reste du monde, avalerait les 2/3 de la production mondiale actuelle de céréales et les 4/5 de celle de viande. L’EPI conclut que « L’objet de ces projections n’est pas de blâmer la Chine pour consommer tant, mais plutôt d’apprendre ce qui se produit quand une large proportion de l’humanité progresse vite sur l’échelle économique globale. Nous y apprenons que le modèle économique qui s’est développé en Occident, une société de consommation­ basée sur les sources d’énergie fossile ­et l’automobile, ne marchera pas avec la Chine tout simplement parce qu’il n’y a pas assez de ressources. S’il ne marche pas pour la Chine, il ne marchera pas pour l’Inde dont l’économie croit de 7 % l’an et dont la population projetée dépassera celle de la Chine en 2030. Peut-être plus important, dans une économie globale de plus en plus intégrée, il cessera de fonctionner pour 1,2 milliard de personnes qui vivent dans les sociétés industrielles opulentes ». Au cours de l’histoire, la Chine a longtemps été un ensemble puissant, y compris sur le plan économique. Les retards accumulés et le rattrapage actuel viennent d’une forte poussée démographique qui a créé une masse importante mal éduquée et pauvre : la population chinoise a été multipliée par 9 entre 1650 et 2000, passant d’environ 150 millions à 1,3 milliards, quand dans le même temps la population française triplait « seulement ». Là est l’origine d’un accident de l’histoire que les autorités chinoises comptent bien réparer.

L’avenir de la démographie chinoise est primordial pour la Chine. Il l’est aussi pour les pays développés, car lorsqu’il faudra bientôt négocier des ressources terrestres devenues insuffisantes, ceux-ci trouveront face à eux des interlocuteurs pleinement conscients de leurs droits pour rendre son statut de puissance centrale à l’Empire du Milieu, renforcés par tout libéralisme économique et par la pression des nombreux intérêts privés des pays développés en Chine. La question démographique reste une hypothèque. Si la politique controversée mais néanmoins efficace de l’enfant unique n’avait pas été imposée en 1980, il y aurait actuellement 300 millions de Chinois de plus, soit environ la population actuelle des États-Unis ou l’ensemble de la population mondiale à l’époque de la première croisade… Mais la Chine a aujourd’hui une population vieillissante avec un taux de fécondité de 1,7 enfant par femme, bien en dessous du seuil mécanique de reproduction situé à 2,1. Malgré un assouplissement de la politique de l’enfant unique, de nombreux couples urbains hésitent à avoir plus d’un enfant à cause des coûts que cela représente. Les plus de 65 ans y représentent seulement 8 % de la population contre 16 % en France et 18,5 % au Japon. En 2030 ils seront 22 % en Chine et 25 % en France. S’il faut contenir l’accroissement démographique, il faudra donc aussi financer les retraites des 400 millions de Chinois qui auront plus de 60 ans en 2040. Pendant 40 ans, de 1990 à 2030, la structure d’âge de la population chinoise est favorable à son développement économique. Des capacités de la Chine à répondre au défi du vieillissement de sa population dépend un éventuel déclin de son économie et de son influence dans les affaires internationales.

(Le PrepAsien N°16-mai 2005)

Repères

Des souris et des hommes Un jeune Sud-Coréen de 28 ans qui avait passé 50 heures d’affilée à jouer à des jeux vidéo en ligne dans un cybercafé de Taegu, dans le sud-est du pays, est mort quelques minutes après d’un arrêt cardiaque. Il a commencé sa mortelle partie le 3 août, ne s’interrompant que pour aller aux toilettes et dormir quelques instants sur un lit de camp. Le fait divers va plus loin que l’anecdote, car les sports électroniques sont le loisir principal de nombreux jeunes Coréens de 15 à 25 ans. La Corée est le pays où la professionnalisation des joueurs est la plus marquée. On y compte plus de 1.000 professionnels qui gagnent jusqu’à 120.000 € par an grâce aux contrats de sponsoring et à leurs interventions dans des films publicitaires ou diverses manifestations. Ces professionnels signent des autographes dans la rue, leurs grands matchs sont retransmis en direct à la télévision, et les spectateurs y remplissent des stades de 15.000 personnes.

L’amour des jeux Les Japonais aussi sont des joueurs fervents : le pachinko est une sorte de flipper très simple, extrêmement populaire au Japon, et qu’on rencontre également dans les casinos nord-américains. Le mot « pachinko » vient de l’onomatopée japonaise « pachi-pachi » qui rappelle le cliquètement de petits objets ou le crépitement du feu. Le premier salon de pachinko a ouvert au début des années 20 à Osaka. Le joueur de pachinko a un rôle plutôt passif : il se contente de contrôler la vitesse des billes d’acier qui pour la plupart descendent le long de la machine et disparaissent. Certaines tombent dans des orifices et activent un jeu de hasard copié sur le manchot, qui fait gagner lorsque trois figures identiques apparaissent… ce qui arrive assez rarement dans un pachinko. Mais une éventuelle victoire fait gagner un grand nombre de billes neuves. La nuit, les salons de pachinko se reconnaissent de loin à leurs grandes enseignes aux néons vivement colorées. A l’intérieur, l’atmosphère est en général fiévreusement zen, enfumée et bruyante. Ceux qui gagnent des billes peuvent les échanger contre des cadeaux disponibles dans une boutique attenante. Mais on peut aussi contourner la loi japonaise qui interdit les jeux d’argent en échangeant d’abord les billes pour des objets, puis en échangeant ces objets en espèces à un petit comptoir juste à la sortie du salon de pachinko.

Jeux suspendus Les jeux sont en revanche suspendus pour près d’un tiers des mines de charbon chinoises auxquelles les autorités ont ordonné fin août d’arrêter la production et d’améliorer leur sécurité après une « vague » d’accidents qui, d’après le China Daily, a coûté la vie officiellement à 3.400 mineurs depuis le début de l’année. Plus de 2.700 mineurs ont été tués au premier semestre 2005 et 700 autres ont trouvé la mort ou ont été portés disparus entre fin juin et la mi-août selon l’agence Chine Nouvelle. La mesure concerne quelques 7.000 mines de petite taille. La décision a été annoncée au lendemain de l’abandon des recherches dans la mine de charbon du Guangdong où 120 mineurs ont été piégés le 7 août par une inondation. Une moyenne d’au moins quinze mineurs meurent chaque jour en Chine. L’agence Chine nouvelle reconnaît que le taux de mortalité des mineurs y est cent fois plus élevé qu’aux Etats-Unis.

Monopoles Comment le reste de l’usine du monde se porte-t-il en cette fin d’année 2005 ? Actuellement, 80% de la production mondiale de duvet provient de Xiaoshang, 33% des chaussettes de Datang, 80% des stylos à billes de Fenshui, 40% des vêtements en cachemire de Qinghe, 22% des brosses à dents de Hangji, 25% de la production mondiale d’ordinateurs portables sont originaires de Suzhou, et 65% des souris sont fabriqués dans la même région. Les 825.000 parapluies produits quotidiennement à Shangyu représentent 22% de la production mondiale. Shengzhou produit chaque année 250 millions de cravates, soit 30% de la production mondiale. 90% des briquets vendus dans le monde entier sont fabriqués à Wenzhou, connue également pour ses 4.000 usines de chaussures qui fabriquent 50% de la production mondiale. Dongguan établit également des records, avec 75% de la production mondiale de jouets pour une valeur de 5 milliards d’euros, tandis que 80 millions de boutons sont écoulés chaque jour par Qiaotou, soit 80% du marché mondial. C’est la rapidité du développement des usines en Chine qui interpelle. Alors qu’au début des années 80, quelques paysans avaient décidé de s’établir à leur compte, on voit aujourd’hui des villes entières reconverties dans la mono production. Les initiatives locales des années 80 ont jeté les bases de zones industrielles spécialisées qui ont conquis la planète sur des niches très spécialisées. Pour autant, il faut se rappeler que les statistiques portant sur la croissance chinoise sont en général calculées en parité de pouvoir d’achat. Si elles rendent bien compte de l’élévation des niveaux de vie, elles ne réflètent pas la réalité en termes de commerce international où le prix du marché est la référence. Ainsi, Datastream estime qu’en 2003, l’économie chinoise constituait 12,7% du PIB mondial exprimé en parité de pouvoir d’achat, mais 2,1% de ce même PIB en termes réels.

L’amour du travail Bien qu’il ait maintenant terminé son rattrapage économique et technologique depuis quelques temps, le Japon conserve des habitudes de Trente Glorieuses : un Japonais sur deux travaille plus de 49 heures par semaine et les cadres japonais victimes de troubles mentaux et de dépression sont 5 millions : on estime que 93% de ceux-ci sont obsédés par des problèmes de travail et que 40% ont des tendances suicidaires. La mort par surmenage ou karoshi fait 10.000 victimes par an. Même les postiers nippons sont abonnés aux horaires élastiques : ceux qui assurent le service après les horaires normaux d’ouverture ne ferment les guichets que quand plus personne ne s’y présente. Pour protéger les fonctionnaires de ce mal, une loi les oblige depuis le 14 janvier 1989 à prendre deux week-ends de repos par mois.

Et demain ? Dans la majeure partie de l’Asie de l’Est, le tourbillon des cinquante dernières années provoque un mélange aigre-doux de volupté matérialiste et d’angoisse existentielle. Tout est allé trop vite : ce que les pays occidentaux ont mis 100 ans à réaliser l’a été ici en 30. Les traditions encore vives de solidarité rentrent en conflit de génération avec les plaisirs individualistes de la société de consommation, les minorités qui habitent les territoires périphériques sont laminées par l’expansion des ethnies dominantes, en même temps que les ressources et les écosystèmes. Une solitude imprévue envahit tant les campagnes que les villes nouvelles où l’avenir est devenu soudain incertain, malgré l’extraordinaire mieux-être provoqué par la croissance économique. Certains trouvent la pilule amère et se réfugient dans les réalités virtuelles. D’autres vont de l’avant, toujours plus vite.

(Le PrepAsien N°17-octobre 2005)

Pékin : du gazon pour les toits

Pékin : du gazon pour les toits La ville de Pékin a décidé de planter des espaces verts sur les toits de ses immeubles afin de lutter contre la pollution tout en se préparant pour les Jeux Olympiques de 2008. Du gazon pourrait être planté sur 30 % des gratte-ciel et 60 % des immeubles moins élevés dans les trois années à venir, selon l’agence Chine nouvelle. Cette mesure, prise en raison du manque d’espace au sol dans le centre de la capitale chinoise, a notamment pour but d’améliorer la qualité de l’air.

Thaïlande : prohibition Des bonzes protestent contre l’introduction en bourse d’une société de spiritueux. L’alcool est évidemment proscrit par les règles de vie monastique. La cigarette aussi, et sur ce point, on constate une nette baisse du nombre de bonzes fumeurs : la moitié des bonzes fumaient il y a 25 ans. Il ne sont plus aujourd’hui que 25 %.

Manille : des couvertures mouillées pour les piétons Les habitants de Manille qui marchent sur la chaussée ou traversent en dehors des passages protégés devront désormais faire plus attention aux camions de police qu’aux voitures et deux-roues s’ils ne veulent pas prendre une couverture mouillée en pleine figure. Dans le cadre d’une nouvelle campagne de prévention, une vingtaine de camions patrouillent dans les rues de Manille, équipés de perches en bois sur lesquelles pendent des couvertures humides affichant le slogan "Ne pas marcher ou s’arrêter sur la rue". Les piétons qui ne remontent pas sur le trottoir en sont quittes pour un choc contre le tissu mouillé. Par le passé, des piétons qui gênaient le trafic routier en attendant leur bus sur la chaussée ont été punis d’amendes, de prison, de travaux d’intérêt général, voire condamnés à chanter l’hymne national en public.

Tokyo : être père et mère Loin des clichés qui font du Japon une société bloquée, Kenji Kawakami a créé voici plus de 15 ans l’International Chindogu So­ciety qui comprend 10.000 membres. Kenji Kawakami est un agitateur anarchiste bien connu des milieux du design. Parmi ses inventions excentriques figure un "Daddy nurser" original qui permettra à plus d’un homme de profiter pleinement de son congé de paternité.

Malaysia : mettre une croix sur les “t” La lettre “t” n’est pas en odeur de sainteté en Malaysia. Les professeurs de religion musulmane d’une école de Petaling Jaya, près de Kuala Lumpur, en ont interdit l’usage à leurs élèves. Avec sa hampe barrée, le “t” représente un crucifix : le trait horizontal doit donc être banni de tous les devoirs. A l’extrême rigueur, la verticale peut être barrée d’une oblique, indique le New Straits Times.

Nouvelle-Zélande : la nouvelle gestion Ces deux dirigeants néo-zélandais ont choisi la solution d’un bras de fer en trois manches pour régler le conflit opposant leurs deux sociétés de télécommunications. Teamtalk et MCS Digital se disputaient l’accès à un réseau mobile. Le litige portait sur 200 000 dollars néo-zélandais (100 000 €). “Evidemment, ça fait mal de perdre, mais pas autant que de payer des frais d’avocat”, a déclaré David Ware, le directeur général de Teamtalk.

Thaïlande : nouveau, le bonzomobile Essai d’un nouveau genre dans une entreprise de défense à Bangkok. Un bonze apprécie le confort d’un prototype en voie de développement : celui d’un side car blindé pour les moines. Le véhicule doit permettre aux boud­dhistes de dé­ambuler en toute tranquillité dans le sud du pays, majoritairement musulman, où ils font l’ob­jet d’attaques répétées.

Indonésie : on est prié de prier en arabe ! Un imam indonésien a été condamné à deux ans de prison ferme pour avoir récité le Coran autrement qu’en arabe. Muhammad Yusman Roy est responsable d’un internat islamique de la région de Java Est. Sa décision de conduire dans son école la prière en arabe avec une traduction en indonésien avait été condamnée par les leaders religieux indonésiens. L’imam était parti du constat que les Indonésiens capables de comprendre l’arabe sont rares, et si les écoliers indonésiens apprennent la calligraphie arabe, ils récitent le Coran sans en comprendre la signification.

Plantes à emporter… Voici un objet qui commence à fai­re fureur au Japon : c’est la plante porte-clefs. Un petit pas pour la planète et un grand pour l’écologie japo­naise…

Paris : prières pour les âmes errantes Près de cinq cents personnes ont participé récemment au crématorium du Père Lachaise à une cérémonie interreligieuse à l’occasion de la fête des âmes errantes, la plus importante pour les communautés asiatiques vivant en France après le Nouvel an chinois. Mgr Mai Duc Vinh, de la mission catholique vietnamienne, a chanté des prières pour sa communauté, suivi d’officiants de la communauté caodaïste vietnamienne. Dans l’assemblée, des moines bouddhistes se distinguaient par leur robe orangée. Devant le crématorium, sur une estrade, étaient disposées les offrandes à Bouddha : riz, sel, gâteaux, bonbons et cinq sortes de fruits. Le crématorium du Père Lachaise est le premier à avoir fonctionné en France en 1889, à une époque où se faire incinérer était un choix anti-clérical militant. Il est bien connu des Asiatiques de la région parisienne car l’incinération est pratiquée par tous les adeptes du bouddhisme Theravada ainsi que par 60 % environ des Vietnamiens adeptes du bouddhisme Hinayana, tandis que les adeptes chinois optent à 20 % seulement pour la crémation.

(Le PrepAsien N°18-janvier 2006)

Eléphants roses

Eléphants roses En Inde, le rêve est déjà réalité quand la réalité n’est pas rêve. Les fêtes du printemps sont l’occasion de s’asperger les uns et les autres d’eau et de teinture. Cet éléphant rose du parc national de Gourama vient d’être purifié…

Les nez de l’Asie La Chine a créé à Nankin la première banque d’odeurs humaines. Elle contient les effluves prélevés sur des criminels notoires et sur des scènes de crimes. Soumises au nez de chiens policiers, ces odeurs auraient permis de confondre 23 suspects. 500 échantillons sont conservés dans l’attente des crimes à venir. Les nez de l’Institut de recherche public du Centre médical international du Japon, qui ne sont pas en reste, viennent d’isoler des matières fécales de bétail un délicieux arôme de vanille. La bouse de vache est si riche en lignine (substance à partir de laquelle est synthétisé l’arôme de vanille) que la vanilline qui en est issue revient deux fois moins chère que celle extraite des gousses de vanille. Le Nez d’Or revient à l’Indonésie et à la tradition : le kopi luwak y a une saveur incomparable. La luwak, ou civette des palmiers, y sélectionne dans les plantations les grains de café arrivés à maturité et les mange, avant de les rejeter en chapelets dans la nature. Après une fermentation naturelle dans l’appareil digestif de la bête, les déjections sont ramassées, soigneusement lavées, torréfiées et moulues, donnant au café un parfum intense, avec un arrière-goût de terre humide, décrit comme proche du caramel au chocolat. Hélas, la production annuelle du kopi luwak n’atteint pas le quintal, mais avec de la chance, on pourra s’en procurer à 175 dollars US la livre sur le site www.tastesoftheworld.net (les frais d’envoi sont offerts), et à 89,95 dollars US sur le site de www.buy-kopi-luwak.com .

Mao Zedong en Antarctique Dès mars 2007, Mao Zedong et Confucius se retrouveront aux côtés des explorateurs Amundsen et Scott sur les cartes chinoises de l’Antarctique, Pékin ayant décidé de donner des noms d’intellectuels, politiciens, empereurs et artistes chinois à 46 îles qui viennent d’être explorées pendant quatre mois par une équipe de chercheurs chinois. En attendant, on se presse à Pékin au restaurant Coolbaby, premier établissement conçu pour que les animaux puissent jouir avec leur maître des délices de la cuisine locale. Les menus sont adaptés à l’âge, au poids et à la race des clients chiens, que le personnel se propose de distraire d’une promenade digestive après le repas. Dans le genre animalier, le Guolizhuang, restaurant à la mode de Pékin, propose à la gourmandise de ses convives sa « fondue spéciale » constituée de six sortes de pénis animaliers et de quatre variétés de testicules, le tout poché dans un bouillon de poule. On gardera pour les grandes occasions le pénis de phoque canadien, proposé au prix de 160 € la pièce.

Modernités L’Etat japonais réussit à associer les phoques aux personnes âgées : un robot bébé phoque s’y montre efficace contre la maladie d’Alzheimer. Le robot thérapeutique Paro est un bébé phoque en peluche antibactérienne, truffé de capteurs et micromoteurs, capable de se comporter comme un animal vivant. Le développement de cet animal de réconfort a été initié par l’Etat japonais qui l’a en grande partie financé. Disponible à la vente depuis mars 2005, Paro a été vendu à plus de 500 exemplaires dans les six mois qui ont suivi. Il est utilisé dans des maisons de repos au Japon comme outil de prévention des maladies neuro-dégénératives. Le Japon est un laboratoire du vieillissement. Un Japonais sur cinq est âgé de plus de 65 ans, et la proportion passera à un sur quatre d’ici 2015. Est-ce pour assurer leurs vieux jours ? Toujours est-il qu’une étude montre que 46 % des Japonaises au foyer amassent des pécules à l’insu de leur époux pour une valeur moyenne de 17.000 €. En revanche, près de 80 % d’entre elles estiment que leur mari ne dissimule pas de fortune secrète. Le gouvernement sud-coréen croit aussi aux robots, et vient d’affecter 3 milliards de wons au développement de créatures artificielles chargées d’assurer la défense nationale. Les capteurs et actionneurs fonctionneront principalement via une connexion Internet. Si le projet s’avère réalisable, les robots de sécurité verront le jour dans les cinq ans à venir. Dès cette année, des robots pourraient faire office de femme de ménage, d’infirmière et de baby-sitter. Rechargeables automatiquement, ces compagnons domestiques liront des livres aux enfants et commanderont des pizzas sur le web. Un Japon décapsulant Nombreux sont ceux qui renoncent à découvrir le Japon à cause du coût élevé de l’hébergement. Une solution originale, le capseru hoteru, permet pourtant de passer la nuit pour 25 € par personne, soit guère plus que le prix bien négocié d’un hôtel trois étoiles en Chine… Il y a une bonne quarantaine d’hôtel-capsules à Tokyo, avec chacun de 50 à 700 capsules individuelles. Les fans de Luc Besson se rappelleront le voyage en astronef du « Cinquième élément ». On se déchausse à l’entrée, où se trouve le poste de contrôle bardé d’appareils sophistiqués de gestion et de surveillance. Par souci d’hygiène, on se déplace pieds nus, en chaussettes ou en sandales. On range ses affaires de jour dans une consigne, et on revêt un yukata, pyjama traditionnel. Dans la salle de bain, savons, parfums et onguents sont à la libre disposition des clients dans une propreté aseptique. Douche tonique sous des jets intenses, desquamation soignée avec une éponge rêche, sont les préalables au bain chaud collectif. Collectif, mais masculin, car si quelques hôtels-capsules acceptent les femmes, celles-ci séjournent et dorment séparées des hommes. Les capsules sont d’une section carrée de 90 cm et d’une profondeur de 2 mètres, rangées par groupe de deux ou trois en hauteur. L’intérieur est entièrement en résines plastiques, à l’exception du tatami. Un tableau individuel complète l’équipement de bord et permet de régler la lumière, le ventilateur, la radio et la télévision. Le capseru hoteru est principalement utilisé par des employés et cadres du tertiaire qui habitent loin du bureau, sont restés boire un peu tard avec des collègues la veille au soir ou bien ont une réunion tôt le matin. Pour un étranger au Japon, c’est un excellent moyen d’aborder cet autre monde qu’est celui des habitants de Tokyo, un monde dont l’essence même est la précarité.

(Le PrepAsien N°19-mai 2006)

Réchauffements

Réchauffements L’été fut chaud, au Japon aussi. Le gouvernement y a lancé pour la deuxième fois la campagne "Cool Biz" afin d’inciter les employés à tomber veste et cravate pendant l’été pour économiser l’air conditionné et lutter contre le réchauffement climatique. Donnant l’exemple, Junichiro Koizumi s’est présenté au Parlement vêtu d’un kariyushi, la longue chemise blanche de l’île subtropicale d’Okinawa. "Ça fait du bien de ne plus porter de cravate", a-t-il déclaré. Les travailleurs ont été fermement invités à venir au bureau en tenue légère jusqu’à l’automne, afin que la climatisation n’y dépasse pas 28°. Le gouvernement estime qu’en 2005, la première opération "Cool Biz" avait permis de réduire de 460.000 tonnes les émissions de CO², soit les rejets annuels d’un million de foyers japonais. La même année, les émissions de dioxyde de soufre en Chine ont crû de 27 % alors que l’objectif était de les réduire de 10 %. Les déserts couvrent déjà un tiers de la surface du pays, mais la désertification ne cesse de manger davantage de terres arables : 90 % des pâturages chinois sont touchés, soit 40 % du territoire. 300 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, et leur nombre augmente. Ces chiffres n’ont pas été publiés par quelque ONG militante, mais dans un "Petit livre blanc" - et non plus rouge - présenté par le vice-ministre de l’environnement Zhu Guangyao, qui explique que "certains gouvernements locaux sont réticents à appliquer les lois sur la protection de l’environnement et s’arrangent même pour les saboter". La Chine a connu l’an passé 50.000 conflits ou manifestations dus à des problèmes environnementaux, soit une moyenne de 137 par jour. Le ministre de la Protection de l’environnement estime que ces conflits progressent de 30 % par an, soit trois fois plus que le PIB chinois, et que le montant des pertes économiques dues à la pollution représente 10 % du PIB. La Banque Mondiale édite quant à elle son "Petit livre vert", où l’on apprend que les émissions mondiales de CO² ont augmenté de 15 % entre 1992 et 2002. Ce sont 24 milliards de tonnes de CO² qui ont été "libérées" en 2002, soit 52.174 fois les économies de l’opération "Cool Biz". La hausse atteint 57 % pour l’Inde et 33% pour la Chine. Conséquence du rattrapage économique, les émissions chinoises, indiennes, et celles des pays à moyen revenu représentent les deux tiers de la hausse des rejets entre 1992 et 2002, et vont s’accroître fortement à l’avenir.

Que font les Asiatiques lorsque vient la canicule ? Les Japonais, toujours fort en avance en R&D, ont trouvé un moyen de joindre le futile à l’agréable : le Musée de la Glace a fonctionné tout l’été à Tokyo, offrant de succulentes glaces au cactus, à la langue de bœuf et au serpent à sonnette. Pour 7 € en moyenne, les passionnés ont dégusté de la crème glacée à la crevette, aux nouilles chinoises, à l’aubergine rôtie, au wasabi - moutarde forte japonaise -, au riz, au tofu ou à la patate. Peut-être la mesure la plus efficace pour rafraîchir l’Asie du Nord-est est-elle l’adoption par le gouvernement japonais d’un projet de loi faisant de "l’Amour du pays" le but de l’éducation scolaire. Soutenue par les conservateurs, qui sont partisans de cours de patriotisme, cette réforme est la première apportée à la Charte de l’éducation conçue en 1947 sous l’occupation américaine, et qui, selon les conservateurs au pouvoir, risque d’éroder la légitime fierté des Japonais pour leur histoire. La nouvelle a été accueillie très fraîchement par les autorités chinoises et coréennes.

No nuke ! Taiwan, qui dispose de ressources énergétiques très faibles, contribue à limiter l’effet de serre en développant un programme de centrales nucléaires. Insolite, une manifestation d’écologistes s’est déroulée cet été contre la quatrième centrale nucléaire taiwanaise. Surprise ! Les manifestants formaient un "non au nucléaire" avec leurs corps entièrement nus… comme quoi les avis sur la nudité en Asie sont à revoir, tant les mentalités y évoluent. Les choses rentrent relativement dans l’ordre lorsqu’on regarde la photo à la loupe : les 19 manifestants sont circonscrits par un carré quasi-parfait de quatre fois 19 policiers, et le public est constitué essentiellement de neuf photographes et deux télévisions. Ouf ! Les Taiwanais n’ont pas été les seuls à profiter des chaleurs estivales pour manifester légers : en témoignent ces jeunes hommes qui défilent nus dans les rues de Manille pour réclamer plus de classes et de manuels dans les écoles du pays. Le réchauffement climatique nous promet-il de tels défilés à Paris ?

Mais que font les Chinois ? Ce réchauffement climatique provoque une augmentation de la fréquence et de la force des typhons, qui ont été nombreux à rafraîchir l’Asie orientale cet été. Heureusement, l’Armée Populaire de Libération veille au grain, et se prépare ici à affronter le typhon Chanchu avec un petit exercice de gonflage. Ils sont bien seuls à porter tant d’équipement, car aux antipodes d’un pouvoir conservateur, des millions de jeunes chinoises exposent aujourd’hui leur émois hédoniste et leur nudité dans des blogs plebiscités dans des concours. Après que Mu Zemei ait initié le mouvement en révèlant ses turpitudes sexuelles sur un Internet devenu toride, Tang Jiali est considérée comme la plus belle fille de Chine grâce à la vente de son livre aux photos de nu parfois assez kitch, et les collégiennes de Xi’an s’inscrivent en liste d’attente dans les studios de photographie spécialisés en nu artistique pour immortaliser à leurs frais leur beauté juvénile : à défaut des moeurs politiques, c’est aujourd’hui le corps qui s’échauffe, et qu’on libère en Chine. Aussi bien, le gouvernement du Jiangsu veille, qui vient d’interdire les troupes de strip-teaseuses utilisées pour assurer aux funérailles un succès maximal. Dans une Asie où les mutations s’accélèrent, s’expriment de façon originale les grandes questions qui vont façonner l’avenir d’une moitié de l’humanité : Comment répartir les fruits des richesses nouvelles ? Comment faire cohabiter le développement économique et la protection de l’environnement ? Quel rôle la femme doit-elle jouer dans une société où sa liberté et son pouvoir économique explosent ? Comment faire coexister harmonieusement les tendances individualistes, les alliances politico-économiques de type mafieux, le vieillissement de la population et la tradition de solidarité inter-générationnelle ? Les défis du développement socio-économique ne sont plus les seuls à relever, car les enjeux internationaux deviennent prégnants : Comment sécuriser tant les sources d’énergies et de matières premières que les routes maritimes et terrestres qui demain garantiront le développement ? Comment consolider les parts de marchés intra-asiatiques ? Quelles relations bi- et multilatérales, ou quelles alliances développer en Asie, et avec les grandes puissances du XXème siècle ? Face à ces casse-têtes "chinois", les responsables politiques des pays d’Asie orientale ont des cheveux blancs à se faire, tant s’accélère maintenant le cours de l’Histoire.

(Le PrepAsien N°20-octobre 2006)

Nouveaux records

Nouveaux records Les Asiatiques aussi sont friands de records en tous genres, occasions de nourrir la fierté nationaliste autant que les médias qui s’en font l’écho. On s’est habitué au fait qu’ ils possèdent les tours les plus hautes du monde, les taux de croissance les plus élevés, les ponts les plus longs, les records de pollution, etc. Mais il est des domaines de performances moins connus dans lesquels l’Asie brille également : Ainsi, le Japonais Takeru "Tsunami" Kobayashi, âgé de 28 ans, a conservé en 2006 son titre de plus gros mangeur de hot-dog au monde en mangeant en douze minutes 53 et trois quarts de ces petits pains fourrés à la saucisse. Il a conservé pour la sixième année consécutive sa ceinture "jaune moutarde" lors de la Coupe du monde de la spécialité organisée chaque année à New York, lieu emblématique de la société de consommation. La troisième place, avec 37 hot-dogs, est allée à Sonya "Black Widow" Thomas, une Américaine d’origine coréenne pesant moins de 50 kilos. Le vainqueur est également champion du monde du manger de cervelles de veau et de boules de riz. Ouvrant un nouveau chapitre de la géopolitique de la zone Asie-Pacifique, il s’est déclaré content d’avoir enfin trouvé un rival à sa mesure en la personne de l’Américain Joey Chestnut. "Je le regardais et la pression m’a rendu plus fort", a-t-il expliqué. Un autre Japonais - décidément, ils sont forts ces Japonais ! - âgé de 60 ans, a mémorisé et récité par cœur 100.000 décimales du nombre pi. Il a ainsi pulvérisé son propre record du monde lors d’une récitation publique qui a duré plus de 16 heures, commençant un matin à 09H00 et s’achevant, sans aucune erreur, la nuit suivante vers 01H30. "Je n’ai rien ressenti de sensationnel, j’ai juste vidé tout ce qu’il y avait dans ma mémoire", a commenté l’étonnant récitant. Les très catholiques Philippines ont préféré établir un record plus traditionnel, celui du nombre de femmes allaitant en même temps. 3.738 mères ont allaité leur enfant dans un stade de Manille, endroit convenant à ce type de compétition, avec un seul bébé autorisé par maman. L’événement était organisé par la municipalité de Manille et l’Unicef pour inciter les Philippines à allaiter leurs enfants et renoncer au lait en poudre. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les bébés nourris au lait en poudre ont 25 % de chances en plus de mourir des suites de problèmes intestinaux par rapport à ceux nourris au sein. Les organisateurs ont souligné que le nombre de femmes impliquées à Manille dépassait largement le précédent record de 1.135 mères réunies dans le même but en Californie en 2002. Admirons aussi deux records qui appartiennent à l’Asie dans un domaine traditionnellement réservé aux Occidentaux : celui du poil. Le chanteur de rock chinois Yu Zhenhuan, 26 ans, est reconnu depuis 2002 comme l’homme le plus poilu du monde. On a appris par l’agence Chine nouvelle qu’il a subi une intervention chirurgicale aux oreilles pour se faire retirer des poils qui détérioraient son audition et la qualité de son chant. Le corps du chanteur hirsute est recouvert en moyenne de 41 poils par cm² de peau. L’agence Chine Nouvelle précise que Yu a débuté à l’âge de six ans sa carrière dans le monde du spectacle, avec un film sur "L’aventure d’un enfant poilu". Un Vietnamien de 67 ans, membre de l’Association de la Médecine traditionnelle du Vietnam, porte une chevelure d’une longueur de 6,3 mètres qui pèse 9 kilos. "Tran Van Hay n’a pas coupé ses cheveux depuis 31 ans et les a lavés pour la dernière fois il y a six ans", a affirmé un responsable du Comité populaire local, déclarant que Hay tombait malade à chaque fois qu’il se coupait les cheveux lorsqu’il était jeune, d’où sa décision de les laisser pousser, ce qui est logique.

Nouveautés Le Chongqing Business News nous a appris le recrutement de 70 hôtesses pour assurer sur Sichuan Airlines les vols entre la Chine et la Corée : "D’un physique agréable, elles sont obligatoirement expertes en kung-fu ou taekwondo. Les candidates doivent également savoir chanter et danser pour répondre à la demande de la clientèle". Quant à l’université de Xiamen, dans le Fujian, elle a décidé de rendre obligatoires les cours de golf. Zhu Chongshi, recteur de l’établissement, a expliqué que ce sport est indispensable à la "formation des élites et bénéficiera à la future carrière" des étudiants en gestion de l’Université. Si les Etats-Unis sont la pépinière des idées susceptibles de se réaliser en Europe dans les quinze ans à venir en matière de distribution, le Japon, où une personne sur cinq a plus de 65 ans, préfigure ce que pourrait être dans une quinzaine d’années le quotidien des Européens âgés. Ainsi, des distributeurs automatiques de billets viennent d’y être enfin mis en place spécifiquement pour le troisième âge. La machine parle au client pendant l’opération, ses menus interactifs sont ralentis et permettent de revenir en arrière, elle est plus basse que les distributeurs traditionnels et son écran est incliné pour faciliter la lecture. Le ministère du Commerce a aussi mis au point de nouvelles normes industrielles : augmentation de la taille des caractères sur les emballages, généralisation des symboles en relief permettant de reconnaître les produits au toucher, hausse des volumes sonores ou ralentissement des séquences d’affichage à l’écran pour l’électronique. La banque Ogaki Kyoritsu va quant à elle mettre en place sur ses distributeurs un jeu pour attirer de nouveaux clients : après chaque retrait, une roulette apparaît sur l’écran et le client chanceux peut empocher jusqu’à 7 €. En août dernier, Ogaki Kyoritsu avait déjà équipé ses distributeurs d’un bandit-manchot tactile, qui pouvait faire gagner la gratuité des commissions bancaires. On reste quand même pantoisement admiratif devant la créativité de la filiale japonaise de la marque de sous-vêtements féminins Triumph. Parmi les nombreux modèles qui mériteraient de figurer ici, oublions le "NO ! reji-bukuro bra" soutien-gorge qui se transforme en sac à commissions pour lutter contre la prolifération des sacs en plastique, oublions aussi le modèle "spécial privatisation de la Poste" qui fut cher à Koizumi, et concentrons nous sur l’étude du modèle de soutien-gorge réchauffable aux micro-ondes. Le nouveau produit citoyen s’inscrit dans le cadre de la campagne officielle « Warm Biz » (« bise chauffante » !), qui incite les Japonais à porter des gros pulls et des vêtements chauds au bureau pour réaliser des économies de chauffage et protéger l’environnement. Il s’agit du pendant hivernal de l’opération « Cool Biz » évoquée dans le précédent PrepAsien. Ce soutien-gorge original comporte des coussinets remplis d’un gel qui se réchauffe aux micro-ondes ou au bain-marie. Le sous-vêtement s’enroule comme un boa autour de la femme qui le porte afin de la réchauffer. Pour aider les femmes à arrêter de fumer, Triumph avait sorti en 2003 un célèbre soutien-gorge que le lecteur spécialiste en santé publique souhaitant se cultiver, ou simplement intéressé aux développement des échanges avec le Japon peut étudier sur le site : http://japundit.com/triumph-international-theme-undies.

(Le PrepAsien N°21-janvier 2007)

Asie : c’est du sérieux !

"L’usine du monde", développe déjà d’intéressantes capacités dans la recherche scientifique. Ainsi, les pigeons chinois, dont les volées ont été l’objet de jeux de stratégie depuis l’antiquité, voient aujourd’hui leurs mouvements téléguidés par des chercheurs du Shandong. Ceux-ci parviennent à contrôler le vol de pigeons auxquels ils ont implanté des microélectrodes au niveau du cerveau, rapporte l’agence Chine nouvelle, et assurent qu’ils gèrent leur vol par des signaux envoyés depuis un ordinateur. Le responsable du centre d’ingénierie, Su Xuecheng, dit avoir réussi un exploit similaire sur des souris en 2005 et espère lui trouver des applications concrètes…

Les services de police du Hunan ont sans doute regretté que de telles électrodes ne fussent implantées sur le crâne des paysans du village de Zhushan, où 1 500 policiers et 20 000 manifestants se sont affrontés violemment après que la compagnie locale de bus ait doublé ses tarifs pour les fêtes du Nouvel An. Cinq jours d’émeutes ont fait une soixantaine de blessés. Des voitures officielles, des bus et des véhicules de police ont été incendiés. Les images de leurs carcasses fumantes, retournées sur la route, ont fait le tour des sites Internet à l’étranger, comme l’avaient fait celles de la crise des banlieues françaises de 2005. Les 750 millions de paysans chinois, parfois révoltés par la corruption et les immenses inégalités sociales, peuvent se soulever à tout moment. Ainsi, mille villageois révoltés par la saisie arbitraire de leurs terres se sont affrontés aux policiers à la même époque dans la province voisine du Guangdong, et l’on a officiellement comptabilisé 23 000 "incidents sociaux" en Chine pour l’année 2006, sans qu’on sache combien étaient "de masse".

Les Chinois urbains, moins enclins à la jacquerie, vont devoir eux aussi être plus sérieux car les autorités ont lancé la campagne “Non aux crachats”. Désormais, les taxis de Shanghai seront équipés de sacs à crachats fixés à la grille de protection entre chauffeur et passagers. Le Comité d’hygiène patriotique entend distribuer quelque 45 000 sacs en un an, et la municipalité assure qu’en 2010, c’est une ville "saine", débarrassée de cette "habitude disgracieuse et non hygiénique", qui accueillera l’Exposition universelle. Juré, craché.

Bientôt, pourrait être également lancée une campagne "Non au pyjama". Le port d’un pyjama dans la rue, les magasins, les banques ou les parcs est en effet considéré par les Shanghaïens comme l’une des principales marques d’incivilité, comme les animaux de compagnie agressifs, les voisins peu serviables et le non-respect de l’environnement. Une étude de l’Académie des sciences sociales de Shanghai révèle que 16 % des Shanghaïens se rendent régulièrement dans un lieu public en pyjama et que 25 % l’ont déjà fait. Une hypothèse pour expliquer ce comportement est que certains habitants soulignent ainsi la proximité de leur domicile du centre-ville et renforcent leur statut social. Une autre y voit une réminiscence de la vie traditionnelle qui avait cours il y a peu dans de petites communautés, alors autonomes.

Entre nationalisme et modernisme, la Chine redécouvre une troisième voie, celle de la spiritualité : un tiers des Chinois s’adonnne à l’opium du peuple, soit trois fois plus que ne le redoutaient les autorités. Le chiffre de l’Oriental Outlook balaye les anciennes statistiques officielles qui donnaient 12 % d’adeptes, toutes religions confondues. En 2005, le Parti avait lancé une vaste campagne pour revitaliser le marxisme, mais avait aussi reconnu le rôle des religions dans la construction de la "société harmonieuse". Un tiers des sondés chinois osent affirmer que la religion "montre le vrai chemin de la vie". Pour un autre tiers, souvent dans les campagnes, elle "aide à soigner les maladies, permet d’éviter les catastrophes, et assure une vie douce". Les croyants ne sont pas tous des paysans pauvres et peu éduqués : de plus en plus de jeunes, et d’habitants des riches régions côtières ont pris le chemin des temples. "Déconcertés par le déclin moral", "assaillis par la pression sociale", selon les auteurs, les citadins sont à la recherche de nouvelles valeurs.

L’étude ne dit pas combien de Chinois croient au Père Noël, mais on a appris que l’Ambassade de la Lune en Chine, qui vendait des concessions lunaires au prix de 600 yuans l’hectare, a été déboutée par la cour d’appel de Pékin et sa condamnation confirmée : au moment où était votée la première loi chinoise sur la propriété, la justice a ainsi interdit la vente de parcelles de la lune, jugeant que les corps célestes n’étaient la propriété de personne.

L’année du cochon a donc bien commencé, d’autant que le culte des ancêtres va être amélioré : les Chinois brûlent traditionnellement de faux billets de banque et offrent de l’alcool en guise d’offrandes pour assurer le bien-être matériel des défunts dans l’au-delà. Maintenant, selon le Nanjing Morning News, une boutique funéraire de Nanjing vend aussi pour les chers disparus : du Viagra, des préservatifs et des call-girls en papier.

On se souvient (Le PrepAsien n° 18) de bonzes thaïlandais manifestant contre l’introduction en bourse d’une société de spiritueux, étrange concurrente de leur spiritualité. Thaksin Shinawatra avait fait voter il y a deux ans une loi limitant les horaires de vente d’alcool, mais un projet de loi adopté en mars par le gouvernement du général Surayud veut interdire la vente de boissons alcoolisées aux moins de vingt ans. Les "anti-alcool", 246 organisations de tout le pays, auraient déjà réuni quatre millions de signatures en faveur du projet de loi. À l’heure où les constructeurs sud-coréens envisagent de réduire le nombre d’hôtesses légèrement vêtues présentes au Salon automobile de Séoul pour que les visiteurs s’intéressent moins aux courbes féminines qu’à celles de leurs berlines, où La Corée du Sud élabore une "Charte éthique des robots" s’inspirant des règles établies dans les années 40 par Isaac Asimov (les robots ne doivent pas s’en prendre à des humains ou permettre à des humains de faire du mal ; les robots doivent obéir aux humains à moins que cela entre en conflit avec la première loi ; les robots doivent assurer leur protection si cela n’entre pas en conflit avec les autres lois), à l’heure enfin où Toyota projette de lancer en 2009 une voiture qui coupera le moteur si le chauffeur est ivre, la tendance en Asie est à l’éthique. Faute de s’en être rendu compte, un Suisse résidant en Thaïlande depuis plus de dix ans a été condamné fin mars à dix ans de prison pour crime de lèse majesté. Oliver Jufer, en état avancé d’ébriété et néanmoins furieux que la vente d’alcool soit interdite à l’occasion de l’anniversaire du roi, a jeté de la peinture sur cinq portraits de Sa Majesté. La loi a été appliquée avec clémence, car le Suisse saoul avait avoué. En condamnant pour l’exemple un citoyen Suisse pas si neutre que ça, puis en le graciant, les autorités thaïes jouent sur la fibre nationaliste : en Suisse aussi, les vaches seront maintenant bien gardées… Le recours à la loi anti crime de lèse-majesté pourrait d’ailleurs se développer, car les policiers thaïs ont recommandé de l’appliquer à l’ex-premier ministre Thaksin Shinawatra pour un total de 45 ans… de quoi refroidir les ardeurs d’éventuels opposants au gouvernement issu du dernier coup d’état.

Résultat, "les Thaïlandais perdent leur sourire" selon un sondage de "Abac Poll". Globalement, conflits et incertitudes, préoccupations économiques ou soucis liés à la pollution viennent en tête des causes de cet effritement de l’indice intérieur de satisfaction thaïlandais. L’Inde n’a pas atteint ce niveau de doute existentiel, et commence à baigner dans les joies du matérialisme, tout en cherchant à produire malin, pour que tout roule comme sur des roulettes. Dans les filatures de Coimbatore, plus de 2 000 employées ont suivi une formation spéciale pour travailler avec des patins à roulettes afin d’accélérer les déplacements dans les ateliers et, du même coup, d’améliorer la productivité. Il y a deux ans, lorsque les ouvrières patineuses ont fait leurs premiers pas, il ne s’agissait encore que d’une expérience novatrice. Mais la pratique du roller à l’usine s’est rapidement propagée et nombre de grandes filatures fournissent aujourd’hui des patins à leur personnel, autant pour rendre le travail plus amusant que pour accélérer les cadences.

Une seule employée en roller peut maintenant filer du coton sur un banc à 1 000 broches de 36 à 45 mètres, alors qu’il fallait auparavant deux personnes à pied pour faire le même travail. "Il faut les voir arriver à l’heure du changement d’équipes. On dirait une cour de récréation", se réjouit le directeur de KPR Mills, Palanisamy Natraj. Avec plusieurs centaines de filatures, la "Manchester du sud de l’Inde", est l’un des plus grands centres textiles du sous-continent. À l’usine de Precot Mills, les femmes roulent aussi en patins à roulettes, mais elles portent un baudrier relié à un système de poulies qui les tirent le long des bancs à broches. "Ces déplacements décuplent l’énergie des employées et rompent la monotonie d’un travail répétitif", se félicite Ananda Kanthimathiratan, le directeur de la filature.

(Le PrepAsien N°22-mai 2007)

Asie argentée…

Asie argentée… S’adonner au jeu est considéré comme un crime grave en Chine continentale, mais les 26 casinos de Macao ont fait plus de recettes en 2006 que les 40 de Las Vegas. En Chine, les casinos ne sont autorisés qu’à Macao, mais ils sont beaucoup plus profitables que ceux de Las Vegas : en un an, le Sands a déjà récupéré sa mise de 280 millions $US, et a investi 2 milliards $US dans une grandiose réplique du Venitian de Las Vegas, qui vient d’ouvrir ses 3 000 suites, 100 000m² de salles de congrès, 16 000 machines à sous, 15 000 places de spectacles … dont on se fera une idée sur www.venetianmacao.com.

Le profit est devenu en Chine une raison d’être. Avec la révélation sporadique de quelques scandales à la Zola, comme récemment l’affaire des conditions de travail dramatiques des mineurs et des ouvriers qui fabriquent les articles des jeux olympiques, ou celle de la libération de quelques centaines d’esclaves retenus dans des usines et briqueteries dont les propriétaires étaient des responsables du Parti Communiste ou leurs proches.

La quête du profit prend en Chine des formes parfois originales, comme ce vendeur de cadavres du Hebei : à la mort de leur fils, les paysans de certaines provinces de Chine veulent enterrer à ses côtés une femme pour l’accompagner dans l’au-delà. A Linzhang, Song Tiantang fournissait une épouse fantôme contre 300 à 400 €, au début en la déterrant dans les cimetières, puis en tuant la jeune fille à marier outre-tombe. "Je rêvais de devenir millionnaire, a-t-il dit aux policiers. La vue des hommes d’affaires qui réussissent m’a toujours rendu jaloux". L’agence de presse officielle Xinhua est intervenue vivement : "L’édification du socialisme nous apprend à placer l’esprit scientifique au-dessus de tout et à chasser les superstitions." La recherche éffrénée du profit prend surtout la forme du quotidien, et cet argent a bien une odeur, surtout dans les régions industrielles en expansion. Aussi les autorités de Panyu, près de Canton, ont-elles décidé de recourir à des nez comme dans l’industrie des parfums, pour lutter contre la pollution. Les onze nez patentés auront fort à sentir, et on leur souhaite de ne pas être dérangés par les autorités centrales, qui ont quant à elles obligé la Banque mondiale à censurer un rapport sur les dommages causés à la population chinoise par la pollution, ainsi que le révèle le Financial Times. Selon ce rapport, 750.000 personnes décèdent prématurément chaque année en Chine, principalement du fait de la dégradation de la qualité de l’air dans les grandes villes. "Nous avons dit à la Banque mondiale qu’elle ne pouvait publier ce genre d’information : c’était trop sensible et pouvait provoquer des émeutes", a rapporté une personne ayant participé à l’étude.

Une odeur de sainteté plane en revanche sur l’indice Shanghai Composite qui a gagné 400 % sur deux ans et 117 % sur six mois, soit 14 fois plus que l’Eurostoxx 50. La capitalisation cumulée des deux places boursières de Chine continentale est désormais la seconde d’Asie après Tokyo. Aucune valeur n’échappe à la frénésie, pas même celles des entreprises déficitaires comme Jiaozuo Xin’an Science and Technology, qui a perdu l’an dernier 29 millions $US et dont le titre a triplé en trois mois. Les placements boursiers constituent à présent une part significative de l’épargne des jeunes ; quant aux moins jeunes ils empruntent pour jouer en bourse, et les plus vieux amputent le budget de leurs funérailles. Pourquoi le taux d’épargne des ménages chinois est-il passé de 16 à 25% en 15 ans, et pourquoi les Chinois épargnent-ils proportionnellement deux fois plus que les Japonais ou trois fois plus que les Coréens alors que c’était autrefois l’inverse ? La cause en est l’aggravation des disparités sociales, conséquence des choix politiques qui ont conduit à la privatisation de fait des biens sociaux, notamment de l’éducation et de la santé, et sans cesse repoussé la mise en place d’une redistribution fiscale.

Mais au fait, où en sont les Chinois en termes de revenus par rapport à nous ? On estime qu’aujourd’hui 110 millions de Chinois disposent d’un revenu annuel supérieur à 75 000 yuans/foyer, soit 7 500 €, qui correspondent en fait à 35 000 € en parité de pouvoir d’achat. Avec un taux de croissance annuel d’environ 15 % en milieu urbain, ils devraient représenter 25 % de la population dès 2010, soit le même taux qu’en France… La classe aisée est évidemment très concentrée dans les grandes zones de développement économique des deltas et golfes de l’Est : elle compte 28 millions de personnes au Guangdong, soit dès aujourd’hui le taux français.

Dans le même temps, la Banque mondiale estime que 120 millions de Chinois gagnent moins de 75 centimes d’euro par jour… L’écrivain dissident Liu Xiaobo pense qu’en Chine, on est simplement passé du tout-pour-le-pouvoir au tout-pour-l’argent, de la lutte de classe à tout prix à la recherche de l’enrichissement à tout prix. "Les comportements hystériques de la Révolution culturelle, consistant à rouer tout le monde de coups, à tout saccager, à tout piller, se sont transformés en une ruée hystérique vers la fortune".

Partout en Asie, l’écart se creuse entre riches et pauvres : Au Japon, l’argent dépensé pour les animaux de compagnie en sont un indice. "De nos jours, les gens ne pensent pas à leurs chiens comme à des animaux, mais comme à leurs propres enfants" estime Seiren Suzuki du salon de beauté canine Pet Salon Jannie’s, qui propose des massages à la boue de la Mer Morte pour 83 à 250 € selon la taille du chien, et une mise en beauté complète pour 420 €. De nombreux sites internet vendent des laisses de luxe, des couverts en argent gravés au nom du chien, des cravates et des bijoux pour rendre la promenade quotidienne plus glamour. On trouve de faux ongles multicolores pour chats pour 400 € par an… Amoureux fous des chiens, mais souvent obligés de renoncer à leur passion faute d’espace, les Japonais aisés se rattrapent le week-end en louant un compagnon auprès de magasins spécialisés pour 12 € l’heure ou 80 € les 24 heures. Enfin, il est maintenant possible de mettre son chien âgé en maison de retraite près de Tokyo moyennant 650 € par mois, avec les mêmes types de services et de thérapies qu’un hospice pour humains.

Pendant ce temps, la Presse et la télévision japonaises décrivent dans leurs reportages la vie des "réfugiés du Net" : des Japonais en général âgé de 20 à 35 ans, incapables de payer un loyer, qui ont trouvé asile dans un café Internet ou manga où leur vie virtuelle s’épanouit : ils disposent d’un box d’un mètre carré, d’un accès Internet et d’une solide collection de mangas. Au Japon aussi, les petits boulots se sont développés, surtout depuis la crise des années 90. Aujourd’hui, les autorités dénombrent officiellement 2,5 millions de freeters, néologisme né de la contraction de free et de Arbeiter. Seules 1,6 % des entreprises japonaises souhaitent recruter des freeters âgés de 15 à 34 ans, qui représentent 4% de la population active. Quant aux NEET (not in education, employment or training), ils rejoignent dans l’opprobre des séniors les nombreux hikikomori, jeunes marginaux vivant en reclus. Faisant leur le slogan à la mode depuis quelques années selon lequel "chacun est responsable de son sort", ils n’en veulent pas à la société mais à eux-mêmes : au Japon, le suicide est devenu depuis 2002 la première cause de décès des jeunes de 20 à 39 ans. Un freeter dispose en moyenne d’un revenu annuel de 6 400 € (il ne peut donc espérer rentrer en maison de retraite pour chien). Une situation qu’explique Nobuaki Takashi, professeur d’économie à l’Université Ritsumei-kan : "Avec la mondialisation, les entreprises peuvent se procurer à l’étranger de la main-d’œuvre bon marché. Les travailleurs des pays avancés vont donc se trouver en concurrence avec la main d’œuvre des pays en développement, beaucoup moins chère." La Chine et l’Inde sont en train de former des travailleurs qualifiés. "Le jour viendra où les salariés japonais ordinaires se trouveront en concurrence avec eux. Leurs conditions de travail se dégraderont alors progressivement."

(Le PrepAsien N° 23- octobre 2007)

Ca s’en va et ça revient…

Ca s’en va et ça revient… La commémoration du trentième anniversaire de la disparition de Claude François est l’occasion de le méditer : la gloire des grands visionnaires n’est que posthume. Né en Égypte de père français et de mère calabraise, expulsé vers Marseille en 1956, l’homme aux Clodettes était prédisposé à sentir les vents de l’histoire qui tournent et parfois emportent ces "tout petit riens" qui font un quotidien : jugez-en par vous-même : Dix Asiatiques figuraient parmi les quinze candidats retenus pour participer aux demi-finales du dernier Concours de piano Long-Thibaud. Sur 11 prix décernés, 4 sont allés au Coréen Junhee Kim, 6 au Japonais Hibiki Tamura, et (quand même) 1 au Français Tristan Pfaff. Pourquoi ne pas organiser le prochain concours à Séoul ou Tokyo ?

Le concours de Miss Monde 2007 s’est quant à lui tenu en Chine pour anticiper les contraintes de la géopolitique. Comme le hasard fait bien les choses, c’est la candidate chinoise, dame Zhang Zilin, qui a remporté la compétition. Une épidémie de beauté semblant avoir soudain frappé la Chine, la jeune chinoise Bao Qingling remportait au même moment le titre de Miss Monde Sourde, et là, ça se passait à Prague, pour clouer le bec aux mauvaises langues qui prétendent que le hasard fait la nécessité. Le même jour, le Prix des droits de l’Homme de la République française était décerné aux trois avocats chinois Mo Shaping, Li Jingsong et Teng Biao, figures emblématiques du mouvement de défense des droits civiques.

La même semaine enfin, par l’une de ces coïncidences dont l’histoire a le secret, l’OCDE révélait qu’entre 2002 et 2005, le niveau de vie des Indonésiens, Vietnamiens et Chinois a cru respectivement de 20, 21 et 27%, quand celui des Français a baissé de 6%. Les Italiens quant à eux ont perdu en moyenne 1 900€ de pouvoir d’achat ces 5 dernières années. L’Europe vieillissante acceptera-t-elle un jour que les Trente Glorieuses et ses hausses de bien-être appartiennent au passé et qu’il lui faut inventer des modes de vie compatibles avec le nouveau partage mondial du travail et des ressources ?

N’y a-t-il donc plus guère qu’au Japon qu’on pense à s’amuser ? Sans se demander pourquoi les pilotes kamikazes japonais portaient des casques, les passionnés d’écologie étudieront la dernière invention de Triumph pour lutter contre le rejet annuel de 25 milliards de paires de baguettes japonaises, soit 90 000 tonnes de bois. À la fois sexy et friendly-écolo, l’ingénieux soutien-gorge "My Chopsticks Bra" milite pour le respect des canons du repas japonais : le bonnet droit pour le riz, le gauche pour la soupe de miso, et propose des baguettes réutilisables de chaque côté. Le lecteur qui comme Saint Thomas veut voir pour croire se rendra sur www.youtube.com/watch ?v=6ru8paaz_fI

La police de Manille innove également : 500 policiers y patrouilleront désormais équipés d’une simple matraque et d’un sifflet. Les fusils d’assaut seront rangés et le port de bijoux trop clinquants interdit pour lever tout soupçon de corruption. "Nous tentons de revenir à l’essentiel. Nous habituerons les policiers à siffler plutôt qu’à tirer des coups de feu en l’air. Cette stratégie est plus sûre pour nos concitoyens et je veux que ces derniers considèrent les policiers comme leurs amis", a précisé Avelino Razon, le nouveau chef de la police.

Les autorités chinoises veulent elles aussi se rapprocher de la population : depuis septembre, deux petits personnages ont commencé à se balader sur les écrans des internautes chinois surfant sur les sites basés à Pékin. Ces représentants virtuels du Bureau de la Sécurité Publique luttent contre les "sources de dommage public et de perturbation de l’ordre social". Pour joindre l’utile à l’agréable, il est possible, en cliquant sur les personnages, de contacter les autorités pour signaler des "débordements". Une campagne est d’ailleurs lancée ici aussi pour améliorer l’image des policiers, mais dans les seules villes d’accueil des J.O.. Dès juin, une directive leur a interdit de porter écharpes, bijoux, barbes et "cheveux bizarrement teints". "Si un citoyen voit un policier fumer, manger ou bavarder en service - toutes activités considérées comme nuisant à l’image de la police - il doit le dénoncer en appelant le 110", a déclaré Jia Chunming, responsable de la police de Pékin.

Au même moment, les 560 000 candidates hôtesses des J.O. prenaient connaissance des conditions de leur recrutement : "Les tatouages et les boucles d’oreilles tendent à donner une apparence sordide, tandis que des postérieurs trop rebondis pourraient focaliser excessivement l’attention. Nous ne voulons pas de femmes qui, d’une manière ou d’une autre, auraient l’air louche car cela pourrait vraiment rebuter les athlètes", a jugé Li Ning, chef du protocole à Pékin. La télévision chinoise reprend aussi les choses en mains et veut moraliser les plaisirs cathodiques : désormais, la diffusion publique d’opérations de chirurgie de changement de sexe est interdite ! Fini de rigoler aussi pour la "Nouvelle Star" chinoise : "Pas de bizarrerie, pas de vulgarité, pas de mauvais goût" : telle est la consigne transmise par l’Administration d’Etat. L’émission ne devra présenter que "des chansons saines et inspirées d’un point de vue éthique", éviter les scènes de fans en folie et de concurrents en larmes, et "maintenir une atmosphère heureuse".

Ces temps-ci, on entend souvent à la radio chinoise une chanson à la mélodie légère et aux paroles exaltantes. "Ne pense pas à la solitude", susurre le chanteur. Un autre tube se veut plus réconfortant. "Ah, petit homme ! Ah, réussis vite !" conseille-t-il. "Réjouis-toi chaque jour d’être pauvre mais heureux." Si les marxistes ont pu considérer la religion comme l’opium du peuple, c’est la musique à l’eau de rose diffusée par la radio d’Etat qui prend aujourd’hui le relais.

Depuis son arrivée au pouvoir, il y a cinq ans, le président Hu Jintao a promis de "construire une société harmonieuse", dans une formule ambigüe qui se prête à des interprétations variées. 25 ans après que fut rangé au placard le projet de "construire la société socialiste", les vieux démons de l’ancienne Chine se portent bien : élargissement des inégalités, exploitation des pauvres y compris en servage, criminalité organisée, toxicomanie, indifférence à la maladie, oppression des femmes, prostitution, concubinage, pauvreté rurale et corruption massive… Ces maux attestent le déficit de morale sociale dont souffre le pays, et la reprise en mains du cheval emballé se veut totale, grâce au repère inscrit dans le passé : Confucius.

La télévision française n’est pas la dernière à reprendre et amplifier avec le cœur des média mondialisés le discours lénifiant des chargés de communication des autorités pékinoises vantant les bienfaits de Confucius, "âme de la Chine", "grand philosophe", "gloire ancienne de la Chine", etc. Ceux qui s’intéressent à l’Asie au-delà des effets de mode sourient de cet air de déjà-vu.

Confucius est à peu près contemporain de Socrate et Bouddha, et sa pensée est le condensé personnifié des écrits antiques fondateurs de la légitimité du pouvoir chinois. La société chinoise a-t-elle toutefois si peu évolué qu’il faille utiliser des penseurs du début de l’âge du fer pour la revigorer aujourd’hui ? Considéré après la révolution de 1911 comme une "idiotie féodale", "idéologie de la soumission" responsable de l’arriération et des humiliations chinoises face à l’Occident, le recours au "grand homme" de la "Chine millénaire" ne sert pas seulement à créer un nouvel ordre moral : Comme l’explique Pierre Gentelle, "rétablir les fondements de l’ordre social est une priorité absolue pour Pékin afin de contrer les troubles préjudiciables à l’enrichissement généralisé". La pensée dite "de Confucius", commentée, aménagée et idéalisée par des siècles de mandarins de l’empire Han, est clairement un outil au service des dominants. C’est aussi une nouvelle muraille de Chine contre l’impérialisme culturel importé avec les capitaux et les média occidentaux, car la mondialisation tend à imposer une idée chrétienne issue du siècle des Lumières : celle des droits de l’homme et de la démocratie. Pour les entreprises, cela signifie que la Chine se sent aujourd’hui assez forte pour ne prendre que les meilleurs hommes ou technologies étrangères et punir ceux qui font obstacle à un enrichissement Han : les récentes condamnations de Legrand et Danone en sont l’illustration.

(Le PrepAsien N°24-janvier 2008)

Islam de fond

Vivre l’islam au plus haut des cieux Personne n’a oublié que Sultan bin Salman bin Abdulaziz Al Saud, c’est à dire le petit fils d’Ibn Saoud, fut en 1985 le premier astronaute arabe à se rendre dans l’espace et qu’il avait regretté à son retour de n’avoir pu localiser la direction de La Mecque. La Malaisie a contribué de façon décisive au traitement de cette question avant d’envoyer un astronaute en octobre dernier à bord de l’ISS, en publiant le premier guide destiné aux musulmans dans l’espace. Les Instructions pour observer l’ibadah à bord de l’ISS indiquent comment faire ses ablutions, déterminer la direction de La Mecque, comment jeûner dans l’espace et fixer l’heure des prières. Un astronaute musulman devrait ainsi en théorie prier 80 fois par jour terrestre, l’ISS faisant le tour de la Terre 16 fois en 24 heures. "Mais, en tenant compte de la situation et de la liberté d’appréciation que laisse l’islam, nous avons décidé de limiter le nombre de prières à celui qui est en usage sur la Terre" a précisé le docteur Abdullah Mohamed Zin, ministre malaisien des Affaires religieuses, "si toutefois l’astronaute décide de jeûner dans l’espace, il devra se conformer à l’heure de Baïkonour", cela va de soi. Comme en écho, le fabricant malaisien de voitures Proton a trouvé un antidote à la faillite que certains lui prédisent proche, en annonçant la mise au point d’une "voiture islamique" dotée d’aménagements spécifiques pour les automobilistes musulmans du monde entier : boussole pointant vers La Mecque, compartiment spécial pour conserver une copie du Coran, et foulard. Le véhicule sera produit avec des constructeurs de Turquie et d’Iran, pays dont les autorités auraient, paraît-il, fait germer l’idée. A l’instar de l’automobile, pratiquement tous les produits grand public sont aujourd’hui susceptibles de bénéficier d’un pareil traitement, car l’islam est devenu un argument marketing réellement efficace.

Islam et bancassurance se fiancent Munich Re se lance dans la finance islamique et va proposer en Malaisie des produits respectant la charia. Axa pourrait également proposer des produits d’assurance Takaful dès 2008 et construit son site Internet : axatakaful.com. Ce marché est très suivi par les grandes banques internationales, au premier rang desquelles HSBC, Deutsche Bank et Citigroup, qui ont apprécié le potentiel que représente une population musulmane en forte croissance : 1,5 milliard de personnes aujourd’hui, 2,5 milliards en 2020, notamment en Asie. La bancassurance française va s’adapter : le financement de certains secteurs d’activité est évidemment impossible : ceux relatifs à l’alcool, aux jeux, au spectacle, à l’armement, au tabac, à la viande de porc, et aux services financiers traditionnels qui reposent sur le versement d’intérêts, assimilés à l’usure. La loi condamnant les achats à crédit, la banque achète le bien immobilier pour son client et le lui loue avec transfert progressif de propriété. Pour approuver ces opérations financières, BNP Paribas et Calyon s’appuient sur un "conseil de la charia" interne, composé de trois membres spécialistes des textes de l’islam. Evidemment, les étrangers ne sont pas les premiers sur le créneau, et la banque nationale indonésienne estime que le nombre de banques islamiques devrait égaler en 2010 celui des banques conventionnelles en Indonésie.

Prêcher est un jeu d’enfant À Jakarta, le jeu télévisé "Keluarga Dacil" ou "la famille du petit prédicateur" fait depuis six ans un carton en prime-time. Au cours de l’émission, des enfants prêcheurs des deux sexes, âgés de 6 à 9 ans, s’affrontent dans une joute verbale, le gagnant remportant deux billets d’avion, non pour Disneyland, mais pour un pèlerinage à la Mecque. Le Conseil des oulémas indonésiens, organisation influente et conservatrice, avait en 2005 jugé l’émission comme étant le meilleur programme télévisé pour la jeunesse. Miracle de la foi : les émissions de téléréalité unanimement condamnées par les cheikhs de l’islam, sont maintenant appréciées par l’institution religieuse… Ridha Nurul Haq, 6 ans, voilée et vêtue d’une robe islamique traditionnelle, déclare y participer "pour répandre la parole de l’Islam. Quand je serai grande, je veux être prêcheur, parce qu’aujourd’hui, il y a plein de jeunes qui ne suivent pas le Coran." Comme dans toute émission de téléréalité, l’hébergement et l’entrainement des apprentis prêcheurs est assuré par l’équipe de l’émission, qui met au point gestes, maquillages, et contenu des sermons. Lors du ramadan, il y a une dizaine d’émissions similaires. Son producteur Dicky Sumandjaja prévient : "Les programmes de distraction doivent aussi servir à éduquer les gens. Il y a tellement d’exemples de jeunes dérivant vers la dépravation morale ou les drogues". Près de 90% des 232 millions d’Indonésiens se réclament de l’islam et le pratiquent de façon tolérante dans leur immense majorité. Aussi, nombreux sont ceux qui estiment que les jeunes candidats feraient mieux de jouer que de réciter (qui plus est en arabe) des versets coraniques appris par cœur, dans un spectacle dérivé du show "American Idol"…

Le repos bien tempéré Les Indonésiens ont un art de concilier spiritualité, confort et richesse : le cimetière de San Diego Hills, près de Jakarta, offre à ses visiteurs de piquer une tête dans la piscine olympique, ou de se détendre en canotant sur le lac artificiel de huit hectares. Des terrains de foot et de basket, ainsi qu’un restaurant italien de deux cent couverts ouvriront bientôt dans l’enceinte du Memorial Park, qu’on peut facilement rejoindre par hélicoptère, histoire d’éviter les embouteillages de Jakarta où les cimetières, qui n’ont aucune valeur économique, ont été déplacés en grand nombre ces dernières années pour faire face au développement urbain. L’objectif déclaré de la direction est d’inciter les endeuillés à rendre visite plus souvent à leurs chers disparus. 80% de la première tranche de tombes ont été vendus, y compris des concessions permanentes de 200 m² au prix de 850 000 €. Le cimetière est ouvert à toutes les confessions et visitable sur http://sandiegohills.co.id. Le fait est qu’à la différence de la Malaisie, où l’indépendance fut concédée progressivement par les Britanniques, l’imaginaire anticolonial des musulmans indonésiens a grandement contribué en son temps à créer des idéaux nationalistes. L’idée était de développer une solidarité interethnique grâce au partage de l’islam, religion au passé glorieux. Le pan-islamisme malais était alors une alternative possible à un nationalisme créole nourri de la pensée occidentale et des idées de l’Europe des Lumières. Si cette voie n’a pas abouti à la fin des années 50, c’est aussi parce que l’islam est une religion historiquement étrangère au monde malais, même sous la forme douce que lui confèrent ses origines soufies. Le monde malais résulte aujourd’hui de trois influences fortement imbriquées : un substrat ancien, pré islamique ou pré chrétien, les valeurs occidentales véhiculées par les occupations occidentales, et un nationalisme religieux – musulman en Malaisie et en Indonésie, chrétien aux Philippines – qui constitue le ciment palliatif de communautés dont les bases traditionnelles ont été minées par le colonialisme puis bouleversées par la mondialisation. S’il est important pour certains d’être un bon chrétien ou un bon musulman, c’est que le regard de l’Autre et la morale sociale comptent encore pour eux. Les Européens n’auront-ils pas intérêt à s’en inspirer pour réfléchir davantage au sens de leur vie et de leurs valeurs communes, suspendre de temps en temps le cours d’une société de consommation individualiste et reprendre pied sur leurs racines culturelles ?

(Le PrepAsien N°25-mai 2008)

 
 

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