Inde

ÉGALITÉ DE TRAITEMENT — A l’occasion des fêtes de Diwali, sous l’égide du karta, les Bajaj revoient ensemble les règles d’organisation de leur famille, et décident du montant des sommes allouées pour les vacances, pour les bijoux des femmes, et pour les dépenses personnelles de chacun. Quelle que soit la taille de l’entreprise gérée, la fonction exercée, où les compétences des membres, les sommes allouées pour leurs dépenses personnelles sont les mêmes, chez les Bajaj comme chez les Mittal. Un Mittal précise « Nous donnons à chacun beaucoup d’espace. Certains d’entre nous travaillent vraiment très dur. D’autres s’amusent. Pourtant, ils gagnent la même chose, parce qu’ils sont de la famille. Nous reconnaissons que les gens sont différents. Cela ne servirait à rien d’essayer de forcer l’unité ». Les répondants insistent, tant chez Bajaj que chez Mittal, sur l’égalité du traitement qui leur échoit et dont ils pensent que c’est l’une des conditions nécessaires pour que la famille se maintienne unie.

STATUT ET FONCTION - Le modèle normatif de la JHF pose simultanément que 1) le groupe prime sur l’individu, 2) le groupe est hiérarchisé selon l’âge et le sexe, 3) tout membre y a des droits individuels inaliénables sur ses propres acquêts. La structure des familles Bajaj et Mittal correspond à ce modèle normatif, à ceci près que les répondants ont peu fait allusion au respect qu’ils doivent à leurs aînés, ce qui pour eux va de soi. Car la famille reste un groupe de statut hiérarchisé, et quel que soit leur âge, les cadets sont subordonnés à leurs aînés. Dans le milieu professionnel règne en revanche une division du travail hiérarchisée selon les compétences fonctionnelles des individus. Les hiérarchies statutaire et fonctionnelle sont foncièrement incompatibles car fondées, l’une sur la primauté du groupe, et l’autre sur celle de l’individu, et elles ont peu de chance de se trouver réconciliées par coïncidence (un aîné a un statut social supérieur sans être nécessairement plus doué que son cadet sur le plan professionnel). Pour que la JHF soit stable, il faut donc maintenir une séparation idéale entre les domaines familiaux et professionnels, mais sans aller jusqu’à les dissocier. Ceci est bien entendu difficile, car les membres de la famille sont enclins à projeter dans le domaine familial la hiérarchie qui prévaut dans le domaine professionnel : « Quand les choses commencent à se gâter,… la vie familiale est… une discipline anxiogène dans laquelle chacun est constamment évalué pour ses performances. Des frères travaillent avec des frères en souriant, mais ils s’assurent la présence d’un témoin. A ce stade, ’cruelle est la querelle des frères’, dit Aristote », et inversement dans des familles plus traditionnelles que celles des Bajaj. En fin de compte, l’existence harmonieuse de la JHF d’affaires n’est vraisemblablement possible que si, premièrement, la famille reste absolument plus valorisée que les affaires, et que si, deuxièmement, la hiérarchie statutaire prévaut dans le domaine familial et la hiérarchie fonctionnelle dans le domaine professionnel. Ceci implique ultimement que l’individu se reconnaisse subordonné au groupe familial, comme l’est en principe le karta qui doit agir en priorité pour le bien et dans l’intérêt de la JHF, noblesse oblige.

 
 

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