PARENTE ET CAPITAUX — Les vocabulaires de la parenté sont en Inde plus fournis que dans les langues européennes. Ils comprennent des termes d’adresse et de référence spécifiques pour les cousins maternels et paternels, pour les frères et les soeurs selon qu’ils sont aînés ou non, etc. Leurs analyses montrent qu’ils reflètent les structures de parenté correspondantes : au Nord, les termes de parenté opposent parents et beaux-parents, tandis qu’au Sud, ils distinguent parmi les parents ceux qui sont épousables des autres ; autrement dit, les rapports sociaux sont bien inscrits dans les usages linguistiques. Le type de mariage dravidien tend d’une génération à l’autre à resserrer le cercle familial, dont les membres peuvent être apparentés de plusieurs façons à la fois , au contraire, celui du Nord incorpore de nouveaux parents au groupe familial et élargit le cercle des échanges. Si les groupes d’affaires du Sud, Chettiar en général, ont été moins sujets aux partages qui ont affectés ceux du Nord depuis l’Indépendance, c’est pense-t-on, en raison de la structure de parenté plus solide qui les sous-tend [Tripathi, in Seminar 1999:31 ]. Que ce soit au Nord ou au Sud, les rapports de parenté entre lignées peuvent être doublés d’investissements croisés correspondants, les fonds propres de l’épouse et les dots pouvant entrer dans la composition du capital de la firme du chef de famille. Comme les catégories de parenté renvoient généralement à des degrés de confiance différents, les prêteurs et banquiers ont pu s’inspirer de celles-ci pour construire et différencier leurs agrégats comptables [Rudner 1995 : 101-102].
12. La Joint Hindu Family dans les textes
DROIT HINDOU — La famille indienne est réglementée par des lois personnelles (et non pas territoriales) hindoues, musulmanes, chrétiennes, qui sont inspirés des textes religieux et coutumiers correspondant. Les lois familiales hindoues s’appliquent aussi aux Jaïns, ns, aux Sikhs et aux Bouddhistes. Elles sont issues de deux écoles d’interprétation des textes anciens, la Dayabhaga suivie au Bengale, et la Mitakshara suivie dans presque tout le reste de l’Inde. Il ne sera ici question que des lois et de la famille hindoue selon la Mitakshara [Jhabvala 1996]. Soulignons que le droit indien pose comme premier sujet de droit, non pas l’individu comme dans les droits occidentaux, mais la famille hindoue indivise (Joint Hindu Family, ou JHF’2), et qu’il définit corrélativement les droits de ses membres sur son patrimoine indivis, ou Coparcenary (qui n’est pas l’équivalent d’une copropriété).
KARTA — La JHF comprend toutes les personnes qui descendent d’un même ancêtre, avec leurs épouses et leurs filles non mariées, lesquelles deviennent membres de la JHF de leur époux après leur mariage. Son chef, ou karta, est le plus âgé des hommes ; il gère les affaires familiales et les revenus mis en commun qu’il redistribue aux membres en fonction de leurs besoins, et non pas proportionnellement à leur part de patrimoine. Dans les familles d’industriels et de commerçants, le karta est habituellement le manager du groupe d’entreprises et de firmes que les membres contrôlent. Il est irrévocable et ses pouvoirs sont très importants. Il peut aliéner les biens de la JHF dans l’intérêt de celle-ci et avec le consentement des Coparcenarers. La JHF n’est pas limitée en nombre ni dans le temps ; elle est une communauté de patrimoine, de cuisine (de commensalité), et de culte. La JHF n’a pas de personnalité morale séparée de celle des membres qui la constituent.
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