L’ensemble de l’étude « Le patronat en Inde, Contours sociologiques des acteurs et des pratiques » est téchargeable sur : http://www.csh-delhi.com/publications/downloads/reports/Le%20Patronat%20En%20Inde.pdf
Famille, communauté, idées-valeurs
Les deux principales institutions indiennes remarquables sont la famille indivise et la caste. Ces institutions ont fait l’objet de plusieurs controverses et peuvent rester des sujets de discussion émotionnellement chargés. Elles ont été étudiées dans les textes classiques par les philologues et par les juristes, et à partir d’enquêtes de terrain par les anthropologues. Le droit présente des schémas normatifs qui ne reflètent pas toujours les comportements et les coutumes vécues, tandis que l’anthropologie tend à décrire ces derniers dans leur infinie variété selon les régions et les groupes sociaux. Les théories de l’évolution et de la modernisation, qui d’ailleurs trouvaient des défenseurs tant en Inde qu’en Occident, prévoyaient leur disparition progressive. Mais si ces institutions se sont indéniablement transformées, elles n’en continuent pas moins de jouer un rôle non négligeable dans plusieurs domaines de la vie sociale, politique et économique, comme cette première partie l’illustre en présentant successivement la famille indivise (cf. § 1-1), la communauté de caste (cf. § 1-2) et quelques idées-valeurs véhiculées dans cet univers particulier du patronat indien (cf. § 1-3). Evidemment, on ne peut prétendre ici embrasser toutes les dimensions de cet univers complexe : nous ne faisons qu’en aborder certaines, en privilégiant des résultats d’observations empiriques dont nous retenons les traits les plus caractéristiques. Nous nous appuyons à ce titre sur des exemples tirés du secteur de l’industrie privée, notamment parmi les 50-100 plus grands groupes d’affaires familiaux.
1. La famille indienne
11. Filiation et mariage
LIGNAGES - Les relations de parenté réelles ou mythiques s’organisent principalement autour de deux axes, ceux de la filiation et de l’alliance de mariage. La continuité des générations est généralement reconnue de père en fils (régime patrilinéaire) ; mais, au Sud de l’Inde en particulier, elle peut l’être par les femmes (régime matrilinéaire). Des hommes apparentés par filiations successives constituent un lignage. Les lignages de grande profondeur généalogique se reconnaissent souvent un ancêtre ultime à caractère mythique qui peut être plus ou moins divinisé ; on les appelle alors des clans. Ainsi, les Brahmanes tendent à penser que leurs clans remontent aux anciens sages, les rishi, qui ont conçu ou reçu les anciens textes védiques, tandis que certains groupes de marchands, comme les Lohana du Gujarat, se disent issus du clan Solaire dont l’ancêtre ultime est la divinité Rama (héros de la grande épopée du Ramayana). Les Chettiar Nagarattar sont subdivisés en neuf clans correspondant à autant de subdivisions de temples shivaïtes [Nishimura 1998 : 43]. Les petits lignages masculins de deux à quatre générations, ou lignées, sous-tendent l’institution familiale.
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