Abdurrahman Wahid, président de l’Indonésie
Chine : la réforme autoritaire du Général Eyraud
Corée, Taiwan…Deux pays à ne pas négliger
Hong Kong cinq ans après la rétrocession
Hu Jintao nouveau maître de la Chine
M. Wen Jiabao le nouveau premier ministre chinois
L’ASEAN vers un nouveau départ ?
L’Indonésie enfin sur la bonne voie
La Corée à la croisée des chemins
Quelle année 2007 pour l’Asie ?
Union européenne - ASEAN : plus de différences que de convergences
Malaisie : un Premier Ministre dans la tourmente
L’événement le plus significatif du mois est sans aucun doute l’élection de Chen Shuibian à la présidence de Taïwan. Président du Parti démocratique progressiste (PDP), il met fin à cinquante ans de règne du Kuomintang (KMT). La première alternance dans la jeune démocratie taïwanaise amène au pouvoir un partisan déclaré de l’indépendance de l’île. La Chine a tout fait, y compris par des menaces d’invasion, pour empêcher l’élection de Chen Shuibian. Outre que les Taïwanais n’ont guère apprécié les pressions de Pékin, Chen Shui-bian doit sa victoire aux divisions du KMT, dont deux candidats étaient issus, et à une lassitude de la population contre la classe politique au pouvoir, largement corrompue.
Le nouveau président, qui prendra ses fonctions le 20 mai, devra gouverner avec un parlement, qu’il ne peut dissoudre, largement dominé par le KMT. On s’oriente donc vers une cohabitation entre un président de gauche et un gouvernement de droite. La Chine a caché son mécontentement en déclarant que cette élection ne changeait rien au fond du problème, c’est-à-dire que Taïwan est une province chinoise et qu’elle jugera le nouveau dirigeant sur ses actes. Chen Shui-bian se gardera bien de proclamer l’indépendance qui provoquerait un conflit armé.
Affaire à suivre…
Surnommé Gus Dur (Petit Frère), il est né le 4 août 1940 ) Jombang (Java Est). Il est le petit-fils du fondateur de la Nahlatul Ulama (NU). Après avoir suivi les cours d’une école primaire hollandaise, il continue dans une pesantren (école religieuse traditionnelle). Il fait des études de théologie et de droit islamiques à l’université Al-Azhar (Egypte), puis de lettres à Bagdad (Irak), de 1966 à 1970, d’où il rentre sans diplôme. A son retour, il dirige une école coranique.
En 1984, il prend la direction de l’association religieuse Nahlatul Ulama qui revendique 35 millions d’adhérents. Il prône un islamisme modéré en conformité avec les cinq principes du Pancasila (les principes fondamentaux de la République indonésienne).
Il se présente comme un partisan de l’oecuménisme et il est président honoraire de la Conférence mondiale sur la religion et la paix. Membre de l’Institut Shimon Pérès, il prône un rapprochement avec Israël.
Il est alors pour une réforme progressive du régime dans le cadre de la loi. Prônant la démocratie, il a soutenu Megawati Sukarnoputri quand elle a été évincée du Parti démocratique indonésien (PDI), puis Mgr Belo, l’évêque de Dili, quand celui-ci, nommé prix Nobel de la paix 1996, a été attaqué dans les médias officiels.
Opposé à B.J. Habibie à qui il reprochait de politiser l’Islam. Suharto a cherché, en vain, à l’écarter de la présidence de la NU en 1993. Au printemps 1997, avant les élections générales, Tutut, fille aînée de Suharto, a tenté une opération de réconciliation entre son mouvement et le Golkar (parti de Suharto).
En janvier 1998, au plus fort de la crise, il s’est montré très critique à l’égard de La révolution puis l’empire et la restauration sont pour le Suharto. Il a soutenu la candidature de R. Hartono pour la vice-présidence en 1998. Le même mois, il a été victime d’un accident cardiaque, ce qui l’a écarté de tout rôle dans la crise qui a abouti à la démission de Suharto le 21 mai 1998. Soupçonnant les partisans du Suharto d’être à l’origine des affrontements ethniques et religieux qui ont suivi sa démission forcée, il a cherché en vain à le convaincre d’intervenir pour faire cesser les exactions.
En août 1998, il fonde le Parti de la Renaissance nationale (PKB). Bien qu’allié à Mégawati Sukarnoputri, il se présente à l’élection présidentielle du 20 octobre 1999 pour éviter la victoire du bloc islamiste et la bat par 373 voix contre 313, mais il la fait élire vice-présidente. Il forme ensuite un gouvernement d’union nationale avec l’ensemble des partis ayant des députés à la Chambre des représentants. Un bras de fer l’oppose ensuite avec une partie de l’armée dont il sort vainqueur en obtenant la démission du général Wiranto.
Marié à Siti Nuriah, ils ont quatre filles.
(Le PrepAsien N°01-avril 2000)
L’inattendue réussite du sommet intercoréen, du 12 au 14 juin 2000, à Pyongyang, dépasse largement le cadre bilatéral. Son importance est telle qu’il a provoqué une véritable ballet diplomatique, les puissances concernées révisant leur stratégie dans la région.
La chaleur des entretiens entre les deux présidents coréens a stupéfié le monde. Lorsque ce sommet avait été annoncé, le 10 avril, soit trois jours avant les élections législatives, les Sud-Coréens avaient généralement cru y voir une manœuvre politicienne destinée à favoriser les candidats du parti du président Kim Dae-jung, le Parti démocratique du millénaire (PDM), rien ne garantissant alors que le sommet aurait bien lieu. Une partie de l’électorat avait même sanctionné le PDM. Le retour triomphal de Kim Dae-jung à Séoul a été à la hauteur du scepticisme qui avait précédé son voyage. La situation économique catastrophique en Corée du Nord et, surtout, la personnalité du président sud-coréen sont à l’origine de ce sommet. Sur ses cinq ans de mandat, il en aura fallu près de la moitié pour convaincre son homologue de sa sincérité. Sa politique de la main tendue a marché de pair avec la plus grande fermeté contre toutes les intrusions et provocations du Nord, allant jusqu’à faire couler un bâtiment nord-coréen, le 15 juin 1999. Il ne fallait pas que sa politique soit interprétée comme un signe de faiblesse.
Pour les Sud-Coréens, la détente avec le Nord présente deux avantages principaux. Elle va permettre les retrouvailles de ce qui reste des familles séparées depuis cinquante ans par la guerre. Surtout, elle va éloigner la crainte permanente d’une nouvelle guerre. Déjà, sur la ligne de démarcation, les hauts-parleurs nord-coréens qui déversaient des slogans et des injures se sont tus. Les deux Croix Rouges ont engagé des discussions pour les rencontres des familles, et l’on parle déjà d’organisation et d’équipes sportives communes pour les prochaines grandes compétitions internationales.
La confiance entre les deux capitales va permettre une réduction progressive des effectifs militaires qui pèsent lourdement, surtout au Nord, sur les budgets. Pour leur part, les hommes d’affaires sudistes vont pouvoir investir plus facilement. Si les Sud-Coréens se félicitent du nouveau climat, ils ne voudraient pas en subir le coût financier. Ils ont le sentiment que, par l’aide massive promise par Kim Dae-jung, ce dernier a acheté la paix et qu’ils vont devoir la payer. Bien sûr, on a parlé de réunification, mais chacun sait que c’est un objectif lointain qui reste avant tout une position de principe. Kim Dae-jung s’est engagé à ne rien faire pour déstabiliser le régime en place. Or, il est inimaginable qu’une réunion éventuelle ne se fasse pas au profit du Sud. Au mieux, on pourrait imaginer une sorte de confédération qui reprendrait verbalement mais pas dans son application, la formule chinoise « un pays, deux systèmes ».
(Le PrepAsien N°02-juillet 2000)
Premier ministre du Japon, président du PLD.
Il est né le 14 juillet 1937 dans une famille de cultivateurs de riz de la préfecture rurale d’Ishikawa. Sa mère, Kaoru, mourut quand il avait sept ans et il fut élevé par sa soeur Akiko.
Titulaire d’un diplôme de commerce de l’université de Waseda où il est le condisciple de Keizo Obuchi et de Noboru Takeshita, il commence sa carrière comme journaliste au "Sankei Shimbun", le plus à droite des grands quotidiens nippons, d’où son étiquette de nationaliste. Il travaille en particulier au "Journal industriel du Japon", publié par ce quotidien. Il quitte ce groupe de presse en 1962 pour devenir secrétaire d’un membre de la Chambre des représentants de la préfecture de Ehime, commençant ainsi sa carrière politique.
Candidat indépendant, il hérite, en 1969, à l’âge de 32 ans, de la circonscription qui fut celle de son père Shigeki et de son grand-père qui furent tous deux maire de Neagari, ville où il a sans cesse été réélu. C’est à l’issue de sa première élection qu’il rejoignit le PLD.
Il est nommé ministre de l’Education (1983-1984). En 1988, il est impliqué dans une affaire d’initiés en bourse (affaire Recruit) qui lui vaut une traversée du désert. Il revient au gouvernement comme ministre du Commerce extérieur (Miti) et de l’Industrie (1992-1993), puis de la Construction (1995-1996).
Chef du conseil politique du PLD, il remplace Keizo Obuchi comme secrétaire général, en juillet 1998, quand celui-ci est nommé Premier ministre.
Le 5 avril 2000, il est nommé Premier ministre à la place de son ami Keizo Obuchi, victime d’une embolie cérébrale. Il doit le choix de son parti aux bonnes relations qu’il entretient avec les autres formations de la majorité gouvernementale, en particulier avec le Nouveau Komeiko. A l’issue des élections législatives du 25 juin 2000, son parti n’obtient pas la majorité absolue, mais se maintient au pouvoir avec ses alliés.
Il a l’image d’un homme indécis et influençable. C’est un fanatique de rugby, sport qu’il a pratiqué dès l’âge de onze ans et qu’il a continué à l’université.
Peu populaire, auteur de quelques dérapages verbaux à caractère nationaliste, il pourrait être remplacé par l’homme fort du PLD, l’ancien Premier ministre Hashimoto.
La crise asiatique a porté un coup très dur à l’harmonie entre les Etats membres. La solidarité n’a pas joué et aucune proposition d’action commune n’a été prise au niveau de l’ASEAN. Tandis que la Thaïlande et l’Indonésie faisaient appel au FMI et acceptaient toutes ses conditions, la Malaisie décidait de s’en passer et s’engageait dans une guerre verbale contre les organisations financières internationales. La politique du chacun pour soi a été la règle.
L’année 2000 ne restera pas une bonne année. Dès la première séance de la réunion annuelle, le 24 juillet, le ministre singapourien des Affaires étrangères, Shanmugam Jayakumar, n’a pas hésité à affirmer que l’ASEAN était perçue comme inefficace ou comme une organisation crépusculaire qui risquait d’être marginalisée par ses partenaires et les investisseurs étrangers. En 1992, l’Association avait décidé de créer une zone de libre échange de l’ASEAN (AFTA) qui avait comme objectif de réduire les frais de douane à un maximum de 5 % et les quotas d’ici 2008. En 1995, cette date butoir avait été avancée à 2003. En réponse aux turbulences de la crise asiatique, cette date avait même été avancée au début de l’année 2002, avec des délais supplémentaires accordés aux nouveaux membres. A la réunion d’octobre, de nombreuses exceptions ont été accordées comme, par exemple, pour le secteur automobile malaisien, tandis que la Thaïlande demande à bénéficier de compensations. A la différence de l’Union européenne, l’Association n’est absolument pas institutionnalisée. Pour palier ce manque de direction, l’ASEAN a décidé, en juillet de se doter d’une troïka composée du pays en exercice de la présidence, de celui qui l’a précédé dans cette fonction, ainsi que de celui qui lui succèdera l’an prochain. Cette troïka devra respecter la règle paralysante du consensus entre des pays aux intérêts et régimes politiques très différents, ainsi qu’aux économies très contrastées.
Si l’on regarde l’économie asiatique dans son ensemble, on est frappé par le déséquilibre entre l’Asie du Nord-Est et celle du Sud-Est, largement en défaveur de cette dernière. D’autre part, la crise économique et financière a mis en relief l’interdépendance des économies asiatiques, et donc la nécessité d’une concertation. L’ASEAN a donc décidé de regarder vers le Nord. Lors de la réunion annuelle, en juillet, à Bangkok, l’ASEAN a formalisé une alliance diplomatique et commerciale avec ses trois partenaires septentrionaux que sont la Chine, la Corée du Sud et le Japon. Par contre, les négociations de libre-échange avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande viennent d’échouer.
Enfin, il ne faut pas oublier le poids considérable de l’Indonésie dans l’ASEAN. Aussi longtemps que ce pays sera malade, l’ASEAN ne pourra véritablement redécoller.
(Le PrepAsien N°03-octobre 2000)
Nouveau Premier ministre de Thaïlande
Né le 26 juillet 1949, il sort de l’Académie de police en 1973 et part aux Etats-Unis où, en 1978, il obtient un doctorat de justice criminelle à la Eastern Kentucky University. Pendant son séjour aux Etats-Unis, il est impressionné par l’informatisation de la police américaine. A son retour il obtient de diriger le centre informatique de la police, tandis que son épouse, Potjaman, crée une entreprise d’informatique et, conseillée par Thaksin, obtient de nombreux marchés dans les ministères et autres administrations.
En 1987, avec le grade de lieutenant-colonel, il démissionne de la police et fonde le Groupe d’ordinateurs et de communications Shinawatra qui va lui apporter la fortune, principalement après avoir lancé la première compagnie de téléphonie mobile. Taquiné par la politique, il est très brièvement ministre des Affaires étrangères de Chuan Leekpai de novembre 1994 à février 1995, et trois mois plus tard, il est élu président du parti Palang Dharma.
Le 20 juillet 1995, Banharn Silpa-Archa, du Chart Thai forme un gouvernement dans lequel Thaksin est nommé vice-premier ministre en charge des problèmes de circulation de Bangkok. Le 14 août 1996, il retire son soutient à Banharn Silpa-Archa qui est accusé de corruption et de mauvaise gestion économique. Il se retire alors de la vie politique et démissionne du Palang Dharma. Il revient cependant brièvement au gouvernement, comme vice-premier ministre de Chaovalit d’août à novembre 1997.
Le14 juillet 1998, s’appuyant sur son immense fortune, il fonde le Thai Rak Thai (Les Thaïs aiment les Thaïs) qui va débaucher de nombreux hommes politiques appartenant à d’autres partis. A l’occasion des élections générales du 6 janvier 2001, le Premier ministre Chuan Leekpai a, comme prévu, perdu les élections au profit du Thai Rak Thai, le grand vainqueur, raflant à lui seul près de la moitié des sièges de la Chambre des représentants (Sapha Phuthaen Ratsadon), ou Chambre basse, cas unique dans l’histoire de la Thaïlande.
Nommé Premier ministre par le roi, le 17 février, il a commencé mettre en place les mesures économiques et sociales annoncées pendant la campagne. Il reste cependant sous l’objet d’une inculpation pour avoir dissimulé une partie de sa fortune lorsque qu’il était ministre en 1997.
(Le PrepAsien N°05-avril 2001)
Le général Eyraud fait partie de cette succession de sinologues militaires qui ont largement contribué à la compréhension de République populaire de Chine. Dans Chine : la réforme autoritaire, son dernier ouvrage, publié après dix ans de recherches et d’enquêtes sur place, il choisit de raconter l’histoire de la Chine à travers les biographies des deux personnalités qui dominent la vie politique d’aujourd’hui : Jiang Zemin et Zhu Rongji, tous deux mis en selle par Deng Xiaoping.
Le premier, secrétaire du comité du Parti communiste chinois (PCC) à Shanghai a été appelé en juin 1989 à Pékin pour prendre la direction du Parti et remettre au pas la société ébranlée par les événements tragiques de Tian’anmen. Il cumule aujourd’hui les fonctions de secrétaire général du PCC et celle de président de la République.
Zhu Rongji, qui avait relevé Jiang Zemin, a été appelé à Pékin pour mettre en œuvre la politique des réformes économiques de Deng Xiaoping. Il les poursuit, à la direction du gouvernement depuis 1998.
Ces deux personnalités, atteintes par la limite d’âge, vont quitter leurs fonctions entre octobre 2002 et mars 2003 et laisser leurs places à des représentants de la « quatrième génération ». Inspireront-ils un nouvel ouvrage intitulé : Chine : la réforme démocratique » ?
(Le PrepAsien N°08-janvier 2002)
La Corée du Sud et Taiwan partagent de nombreux points de convergence. Outre leur situation géographique commune en Asie du Nord-Est, ces deux pays sont dans des situations politiques similaires. Ils sont de véritables démocraties de type présidentiel. Les deux présidents en exercice sont issus de l’opposition pour la première fois de leur histoire. Tous les deux doivent gouverner avec un parlement dominé par leurs adversaires politiques. Ils doivent chacun faire face à une tension de plus de cinquante ans : Taiwan avec la Chine continentale et la Corée du Sud avec la Corée du Nord.
Depuis 1949, la République Populaire de Chine veut récupérer l’île de Taiwan, y compris par la force si nécessaire. L’élection de Chen Shui-bian, candidat du Parti démocratique progressiste (PDP), parti indépendantiste, a surpris et inquiété Pékin qui a rompu tous les liens ténus qui existaient entre les deux rives du détroit de Taiwan. La victoire électorale du PDP l’an dernier a obligé Pékin à « faire avec ». Le ton s’est fait plus accommodant et l’entrée commune da ns l’Organisation mondiale du commerce (OMC) va encore lier plus étroitement les deux pays sur le plan économique. Dans la péninsule coréenne, l’arrivée au pouvoir de Kim Dae-jung a décrispé l’extrême tension avec le Nord. Sa politique de la main tendue a abouti au premier sommet intercoréen en juin 2000 et lui a valu de recevoir le prix Nobel de la paix. L’arrivée au pouvoir de George W. Bush et son hostilité affichée au régime de Pyongyang a gelé le processus de rapprochement. Après le récent voyage du président américain à Séoul et à Pékin, Pyongyang a dégelé les relations avec Séoul et accepté la reprise des négociations directes avec Washington.
La Corée du Sud et Taiwan ont des économies qui pèsent largement plus que leur taille et leur poids démographique pourraient le laisser penser. La Corée du Sud s’est sortie avec une remarquable rapidité de la crise financière des années 1998-1999 au point de recevoir les félicitations du FMI. Cette crise a obligé les autorités locales à assouplir leur législation et à ouvrir leur marché, particulièrement en matière d’investissements. Taiwan, pour sa part, a un des plus importants stocks mondiaux de devises. C’est un des rares pays qui ne présentent aucun risque pour les investisseurs. Les Coréens et les Taiwanais ont des niveaux de vie qui en font des consommateurs non négligeables.
C’est pourquoi PrepAsia organise deux stages en juin pour aborder et réussir dans ces pays prometteurs.
(Le PrepAsien N°09-avril 2002)
Depuis sa rétrocession à la Chine, le 1er juillet 1997, Hong Kong, selon la formule inventée par Deng Xiaoping, vit sous le principe de « un pays, deux systèmes », c’est à dire le système socialiste en Chine, et le système capitaliste à Hong Kong devenue une « Région administrative spéciale ».
Bien que le président chinois ait mis à sa tête Tung Chee-hwa, un homme d’affaires très docile, qui prend régulièrement ses ordres à Pékin, Hong Kong n’a pas profondément changé. La pression a été grandissante sur les journalistes trop critiques à l’égard de la RPC, les fonctionnaires qui dirigeaient la colonie viennent d’être remplacés par des hommes politiques choisis par Tung Chee-hwa. La récente condamnation d’une quinzaine de membres de la secte Falun Gong pour perturbation sur la voie publique est un geste à l’égard de Pékin qui pourchasse les membres de cette secte.
Cependant, si l’opposition démocratique, dirigée par Martin Lee, perd du terrain, ce n’est pas à cause d’un manque de liberté d’expression, mais à cause de ses divergences. Comme ils l’ont toujours été, les sept millions de Hongkongais sont plus soucieux de leurs conditions de vie que de démocratie. Or Hong Kong se porte mal. De plus de 10 % en 2000, la croissance est tombée à 0,1 % l’an dernier et le chômage a atteint le taux record de 8 %. Victime de la crise asiatique de 1997-1998, Hong Kong a surtout souffert de la chute de ses exportations vers les Etats-Unis après les attentats du 11 septembre. Plus que jamais Hong Kong compte sur la Chine pour retrouver le chemin de la croissance.
(Le PrepAsien N°10-septembre 2002)
Le 14 novembre, à l’issue du XVIe congrès du Parti communiste chinois, le vice-président de la République, M. Hu Jintao a été élu secrétaire général du PCC, c’est-à-dire le chef de la Chine. Agé de 60 ans, il est le seul survivant des sept membres du comité permanent sortant du Bureau politique.
Choisi il y a dix ans par Deng Xiaopeng pour être le chef de file de la « quatrième génération » devant succéder à Jiang Zemin, il a patiemment attendu son heure en prenant un profil bas, si bien qu’il est pour beaucoup un personnage énigmatique. Durant toutes ces années, il aura su aller systématiquement dans le sens du vent, ce qui l’a rendu sympathique aux conservateurs, tandis que son jeune âge le fait passer pour favorable à une certaine libéralisation de la société.
Ce n’est que dans quelques années qu’il sera en mesure de montrer sa vraie mesure. En effet, le secrétaire sortant, Jiang Zemin, qui aurait préféré un de ses fidèles pour lui succéder, a tout mis en mesure pour continuer à garder son influence sur la direction du pays. Il a entouré Hu Jintao d’une majorité de ses fidèles lieutenants qui pèseront dans les discussions collectives, tout en conservant la direction de l’armée qui n’est liée à aucune limite d’âge, et ce n’est qu’en mars prochain qu’il lui transmettra la fonction de président de la République qui devient de plus en plus importante.
Pouvant espérer rester à la direction du PCC pendant dix ou quinze ans, Hu Jintao va sans doute occuper les cinq ans à venir avant le prochain congrès du PCC pour se constituer une solide garde rapprochée qu’il fera alors accéder aux postes clés du pays. En attendant, peu de changements profonds sont à attendre.
(Le PrepAsien N°11-janvier 2003)
Premier ministre (3.2003), membre du Comité permanent du Bureau politique (11 .2002) ; né en septembre 1942 dans le district de Beijiao (Tianjin).
Fils d’une famille d’instituteurs, diplômé de l’Institut de géologie de Pékin. En 1968, il est affecté au Bureau de géologie de la province du Gansu où il va rester quinze ans.
En octobre 1983, il est promu vice-ministre de la Géologie et des Ressources minières. Il commence sa carrière politique, au niveau central, lorsqu’il est nommé, en 1985, vice-directeur du Bureau des affaires générales du Comité central. Zhao Ziyang le
fait élire suppléant au Secrétariat du Comité central lors du XIIIe Congrès en 1987. Sans doute trop marqué aux côtés de Zhao Ziyang, qu’il a accompagné place Tian’anmen le 19 mai 1989, le 4e plénum du XIIIe Comité central, le 24 juin 1989, le laisse suppléant du Secrétariat. Après la contre-offensive de Deng Xiaoping contre les gauchistes, ce réformateur entre, à l’occasion du XIVe Congrès en octobre 1992, comme suppléant au Bureau politique.
A l’issue du XVe Congrès, en 1997, il est promu membre titulaire du Bureau politique. Dans le gouvernement de Zhu Rongji, en mars 1998, il est élu vice-premier ministre, chargé de l’agriculture, des finances, des inondations et des hautes technologies, ainsi que de l’éducation.
A l’issue du XVIe congrès du PCC, en novembre 2002, il entre en 3e position au Comité permanent du PCC.En mars 2003, il relève Zhu Rongji à la direction du gouvernement. C’est un chaud partisan de la séparation des pouvoirs entre le Parti et le gouvernement. Il a une réputation de conciliateur, artisan efficace du compromis. Outre ses compétences sur l’agriculture, l’éradication de la pauvreté, les finances et l’environnement, on doit s’attendre à ce qu’il apporte un style plus consensuel et plus collégial que son prédécesseur (voir biographie détaillée sur notre site Internet).
(Le PrepAsien N°12-septembre 2003)
Le printemps 2004 est riche en élections présidentielles ou pour le renouvellement des parlements. Certaines se sont déroulées dans des circonstances de fortes tensions.
A Taiwan, le Président Chen Shui-bian a été réélu le 20 mars avec seulement 29500 voix d’avance sur un électorat de 12 millions d’électeurs, soit 50,1 % des voix, le lendemain d’un attentat dans lequel il fut légèrement blessé. Son concurrent du KMT, Lien Chan, n’a pas accepté sa défaite et, s’appuyant sur d’importantes manifestations, réclame tour à tour un nouveau décompte des voix et l’annulation des élections en mettant en doute la réalité de la tentative d’assasinat malgré les conclusions d’experts américains. Chen Shui-bian a accepté un nouveau décompte alors que rien ne l’y obligeait, mais les observateurs le donnent gagnant. En étant mauvais perdant, Lien Chan a pris le risque d’une profonde division des Taiwanais.
En Malaisie, le nouveau Premier Ministre Abdullah Ahmad Badawi, désigné comme successeur du Dr Mahathir, après 22 ans de népotisme, profitant de sa popularité obtenue en se démarquant du style de son prédécesseur et pour obtenir une légitimation de son pouvoir par les urnes, a provoqué des élections législatives le 21 mars. Sa coalition gouvernementale a remporté 90 % des sièges, laminant le parti islamiste (le PaS) qui passe de 27 à 7 députés. La Malaisie a montré sa préférence pour un islam modéré et pour la lutte contre la corruption à laquelle s’est courageusement attaqué Abdullah.
En Corée du Sud, pour la première fois depuis l’existence de la république (1948), une demande de destitution du Président a été votée par un parlement très largement hostile le 12 mars. Son ancien parti, le Parti démocratique du Millénaire (PDM), en perte de vitesse dans les sondages, a lancé cette motion dans laquelle il a entraîné le principal parti d’opposition, le GPN, reprochant au Président d’avoir exprimé sa préférence pour un nouveau parti fondé pour le soutenir, l’Uri. La population a largement condamné ces basses manœuvres politiciennes en accordant la majorité absolue à l’Uri lors des élections présidentielles du 15 avril, laminant le PDM. La Cour Constitutionnelle devrait logiquement enregistrer le vote populaire et rejeter la motion de destitution, ouvrant la voie au programme réformiste du Président Roh Moo-hyun.
En Indonésie, les élections législatives du 5 avril ont sanctionné la faible performance de la Présidente Megawati Sukarnoputri. Son parti (le PDI-P) a perdu un tiers de ses électeurs et arrive derrière le Golkar, parti de l’ancien dictateur Suharto. Le seul parti islamiste qui ait percé (le PKS) ne dépasse pas les 7 %. Ces élections sont déterminantes pour les combinaisons politiques qui vont permettre de sélectionner les candidats pour la première élection présidentielle au suffrage universel, le 5 juillet prochain. La Présidente a peu de chance d’être réélue. L’Indonésie est lasse de la situation actuelle et pourrait se jeter dans les bras d’un militaire pour rétablir l’ordre dans le pays. Le Général Viranto, condamné par la communauté internationale, pour crime contre l’humanité au Timor Oriental, marquerait le retour de l’ancien Ordre Nouveau. Un autre général, très respecté et démocrate, Susilo Bambang Yudhoyono, est actuellement le plus populaire dans les sondages.
Aux Philippines, la Présidente, Mme Arroyo, est à nouveau donnée comme reconduite dans ses fonctions en mai, tandis qu’à Singapour, selon un processus entâmé depuis longtemps, Lee Hsien Loong, fils du père de l’indépendance et toujours omniprésent Lee Kuan Yew, devrait devenir Premier Ministre en juin ou juillet prochain.
(Le PrepAsien N°13-avril 2004)
Depuis la publication du dernier PrepAsien, le paysage politique asiatique a connu de nombreux changements. Les présidents de la Corée du Sud, de Taiwan et des Philippines ont vécu des temps difficiles.
Le président Roh Moo Yhun a dû faire face à la première tentative de destitution de l’histoire de la Corée du Sud. L’opposition, alors majoritaire au parlement, lui reprochait d’avoir exprimé publiquement ses préférences pour les prochaines élections législatives. L’opinion publique l’a soutenu par des manifestations et un vote massif pour son parti aux élections législatives du 15 avril. Il dispose maintenant d’une véritable majorité à l’Assemblée Nationale.
A Taiwan, le président indépendantiste Chen Shui-bian a été réélu de justesse en mai et a dû faire face à une tentative de l’opposition de faire annuler son élection, prétextant que la tentative d’assassinat survenue la veille du scrutin lui aurait apporté des votes de sympathie. Bien qu’élu avec très peu de voix devant son concurrent avec 51,1 % des voix, M. Chen Shui-bian a bien amélioré son score puisque, en 2000, il l’avait emporté contre deux candidats issus du KMT avec seulement 39,3 % des voix.
Heureusement pour Les Philippines, bien que difficilement, la présidente Macapagal-Arroyo a été élue. Vice-présidente en 1998, devenue présidente après la destitution de Josef Estrada pour corruption, elle n’avait jamais affronté le suffrage universel pour cette fonction. Dans le vote du 10 mai 2004, elle ne l’a emporté que par 39,5 % des voix contre 36,6 % à son principal concurrent, l’acteur Fernando Poe, sans expérience politique et ami de l’ancien président mafieux qui venait aussi du milieu du cinéma.
Deux changements importants se sont produits. D’abord, en Inde, les ultra nationalistes hindous du BJP, au pouvoir depuis six ans, ont dû s’incliner le 13 mai devant le Parti du Congrès conduit par Sonia Gandhi. Italienne d’origine, veuve de l’ancien Premier Ministre Rajiv Gandhi assassiné en 1991, elle a été l’objet de manifestations haineuses de la part d’extrémistes hindous refusant de voir une « étrangère » diriger le pays. Elle a donc cédé la place de Premier Ministre à l’un de ses proches, Manmohan Singh. Le retour au pouvoir du Parti du Congrès ne devrait pas compromettre le rapprochement en cours avec le Pakistan.
Après les trente-deux ans de dictature du général Suharto, l’Indonésie va connaître son quatrième président en six ans. Trois ans d’immobilisme de la présidente Mégawati Sukarnoputri ont été sévèrement sanctionnés et pour les premières élections présidentielles au suffrage universel, l’Indonésie s’est jetée dans les bras du général Susilo Bambang Yudhoyono. Ancien responsable de la lutte contre le terrorisme, il passe pour un modéré. Arrivé en tête des cinq candidats au premier tour, il a affronté la présidente sortante le 20 septembre et l’a remporté avec 60,6 % des voix contre 39,4 %. Investi le 20 octobre 2004, sans appareil politique conséquent, le nouveau président va devoir rallier ou composer avec des appareils politiques qui avaient largement, mais vainement, apporté leur soutien à la présidente sortante. Les tâches qui attendent le nouveau président sont immenses, à la mesure des espoirs mis en lui pour sortir le pays du marasme économique, de la corruption, du chômage et du terrorisme islamiste. Il avait la faveur des Occidentaux, et en particulier des Etats-Unis où il a effectué deux stages militaires.
En Malaisie, le Premier Ministre Badawi qui a eu la tâche difficile de succéder au flamboyant Dr Mahathir, est rapidement devenu populaire. Abandonnant les projets de prestige de son prédécesseur, il s’est préoccupé du sort des plus pauvres. Aux élections législatives du 21 mars, sa coalition a remporté 90 % des sièges, laminant le Parti islamiste de Malaisie.
Au Cambodge, le prince Norodom Sihamoni a été désigné nouveau roi par le conseil du trône après l’abdication de son père Norodom Sihanouk. Professeur de danse et chorégraphe, il a été représentant du Cambodge auprès des Nations unies en 1992, puis ambassadeur de son pays à l’Unesco jusqu’au mois d’août 2004. A 51 ans, Norodom Sihamoni apparaît comme une personnalité neutre qui a passé l’essentiel de sa vie d’adulte loin du Cambodge. Il devrait être moins engagé que son père dans les jeux de pouvoir, au moins dans un premier temps, et laisser le champ libre au Premier ministre Hun Sen.
A Singapour, Lee Hsien Loong, fils du père de l’indépendance Lee Kuan Yew, a pris la direction des affaires le 12 août, devenant le troisième Premier Ministre depuis l’indépendance en 1965. Son père, toujours membre du gouvernement, va continuer d’influencer la politique de la Cité-état.
(Le PrepAsien N°14-novembre 2004)
Le sommet de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (Asean), qui s’est tenu les 29 et 30 novembre à Vientiane, la capitale du Laos, semble avoir tiré cette association régionale politico-économique de sa torpeur. Cependant, une fois de plus, il semble que son salut soit principalement, non pas dans le développement des relations intrarégionales, mais dans une ouverture commune vers l’extérieur.
L’Asean (Association of South-East Asian Nations) a été fondée en août 1967 par cinq pays : Thaïlande, Malaisie, Singapour, Indonésie et Philippines, c’est-à-dire par les cinq pays capitalistes de l’Asie du sud-est indépendants au jour de sa fondation. Le sultanat de Brunei la rejoindra dès son indépendance, en janvier 1984. Au moment de sa fondation, l’Asean a regroupé des pays qui, à part la Thaïlande, jamais colonisée ni occupée, étaient indépendants depuis peu de temps, ayant des problèmes entre eux et tous soumis à des insurrections communistes encouragées par la Chine. Les Philippines et l’Indonésie s’étaient affrontées à la Malaisie à propos des anciens territoires britanniques à Bornéo ; Singapour était à couteau tiré avec la Malaisie après une brève vie commune. Il faudra attendre 1976 pour que soit organisé le premier sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement. Les trois pays de l’ex Indochine française étaient alors devenus communistes et le protecteur américain s’était retiré. La Thaïlande se sentait particulièrement menacée avec des troupes communistes à ses frontières.
L’intégration du Vietnam en 1995, a mis fin à la définition d’un sud-est asiatique divisé en un ensemble capitaliste, regroupé dans l’Asean, et un bloc communiste ou neutraliste (Birmanie). La Birmanie et le Laos seront intégrés en 1997 à l’occasion du trentième anniversaire de l’Association. Le Cambodge ne la rejoindra qu’en 1999. Les dix pays du sud-est asiatique sont donc regroupés dans l’Asean. Il ne manque plus que le Timor Oriental qui s’est libéré de l’emprise indonésienne en 1999, mais qui doit d’abord normaliser ses relations avec l’ancien envahisseur et résister aux pressions de l’Australie qui exploite son pétrole et voudrait voir le Timor Oriental rejoindre le Forum du Pacifique Sud qu’elle domine.
Un certain nombre de déclarations et de traités ont émaillé l’histoire de l’Asean. En 1971, sous l’impulsion de la Malaisie, elle s’est déclarée Zone de paix, de liberté et de neutralité (Zopfan) alors que l’Indochine étaient en pleine guerre. Il s’agissait d’écarter les super puissances de la région. Dans le même esprit, elle se déclarera Zone dénucléarisée en 1995. Alors qu’il n’existe aucun accord de sécurité collective en Asie, l’Asean a pris en 1994 l’initiative de fonder le Forum régional de l’Asean (ARF) qui regroupe autour d’elle les puissances asiatiques comme la Chine, le Japon et la Corée, mais aussi la Russie, les Etats-Unis, l’Inde, l’Australie et l’Union européenne, pour ne citer que les plus grands.
La crise financière de 1997-1998 a terriblement affecté les économies de la région et mis fin au principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays membres qui avait été affirmé lors de la Déclaration de Concorde de 1976. Dans la situation de déroute qui a frappé principalement la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie, il n’y a eu aucune concertation au sein de l’Asean pour tenter une action commune pour sortir de la crise. Ce chacun pour soi a aussi sérieusement détérioré les relations politiques entre les pays membres. Les exactions commises contre la communauté chinoise d’Indonésie ont provoqué des polémiques avec Singapour. L’expulsion des travailleurs étrangers et le blocage des mouvements de capitaux par la Malaisie ont été la cause de nombreuses tensions.
Le pire a été la fuite des investissements directs étrangers (IDE) vers les pays de l’Asie du Nord-Est, en particulier la Chine. En 2000, 43% des IDE dans l’ensemble de l’Asie sont allés vers la Chine et 16% vers les pays de l’Asean, alors que 10 ans plus tôt les pourcentages étaient exactement le contraire. En 2003, la Chine a engrangé 54 milliards de dollars d’IDE contre seulement 20 milliards pour toute l’Asean. D’où l’idée d’un partenariat Asean + 3 (Chine, Japon, Corée). En 2002, l’Asean a signé un accord pour la création d’une zone de libre échange Chine Asean d’ici dix ans. Au sommet de Vientiane, la Chine a annoncé les premières mesures concrètes. L’Asean a aussi annoncé des décisions pour accélérer la mise en œuvre de sa propre Zone de libre échange (AFTA) décidée en 1992. Le Japon, pour ne pas perdre du terrain dans la région a décidé à contrecœur d’imiter la Chine.
En fait, de Singapour au Laos, l’Asean regroupe des pays dont les niveaux économiques sont trop éloignés et leurs productions sont plus souvent en concurrence que complémentaires. Le chacun pour soi risque de durer encore longtemps sous forme d’accords bilatéraux.
Dernières minutes
Mauvaise nouvelle pour le Président de Taiwan, Monsieur Chen Shui-bian. Réélu de justesse en mai, il vient de perdre nettement les élections législatives. Le Kuomintang (KMT), largement vainqueur, enclin à plus de souplesse à l’égard de Pékin va contrecarrer ses intentions de changer la constitution et le drapeau du pays.
Bonne nouvelle pour le nouveau Président de l’Indonésie, Susilo Bambang Yudhoyono. Son vice-président, Yusuf Kalla, vient d’être élu Président du Golkar, le premier parti du pays que l’ancien Président Akbar Tangjung avait placé dans l’opposition. Le Parti démocratique indonésien de Madame Mégawati, non réélue, pourrait suivre.
(Le PrepAsien N°15-janvier 2005)
Les violentes manifestations antijaponaises qui se sont déroulées en Chine en avril n’ont pu avoir lieu sans l’assentiment des autorités. Les contentieux entre les deux pays, liés à l’histoire, sont anciens : occupation, massacres, femmes de réconfort, disputes territoriales, absence d’excuses écrites, hommages réguliers aux soldats japonais morts au combat, manuels d’histoire minimisant les exactions japonaises, révisionnisme… mais pourquoi maintenant et avec une telle intensité ?
L’affaire des manuels d’histoire semble un prétexte. En effet, celui mis en cause date de 2001, ce qui avait alors déjà provoqué des tensions. Il est simplement redonné dans la liste des ouvrages autorisés au choix des parents de chaque école. Hors, seulement 1 % des écoles japonaises l’ont retenu. Si au Japon le choix des manuels est laissé à l’appréciation des parents, en Chine il n’y a que des manuels contrôlés par les autorités. On n’y trouve aucune trace des événements de Tian’anmen, ni des guerres déclenchées par la Chine contre l’Inde en 1962, ou contre le Vietnam en 1979.
En fait, la manifestation de mauvaise humeur de Pékin est liée avant tout à la candidature du Japon à un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Le problème de l’élargissement du nombre de membres permanents, à l’étude depuis de nombreuses années, doit être débattu en juin. Le Japon est candidat, au même titre que d’autres grands pays. Alors qu’il contribue pour 19 % du budget de l’ONU, il n’y a pas plus de pouvoir que Monaco ou le Vanuatu. Il revendique donc, à juste titre, un siège de membre permanent. La Chine entend bien maintenir le Japon dans sa situation de géant économique et de nain politique. Elle a déjà commencé ses manœuvres diplomatiques en exigeant que toute modification des statuts de l’ONU soit prise à l’unanimité, ce qui lui permettrait facilement de bloquer la tentative de Tokyo. En 1992 déjà, le vice-président de l’Institut d’études stratégiques de Pékin me suggérait qu’il y ait un membre permanent pour chacun des cinq continents. La Chine l’étant déjà, elle seule représenterait l’Asie.
Le 14 mars, l’Assemblée nationale populaire a voté une loi antisécessioniste contre Taiwan. Cette loi n’était pas nécessaire, la Chine s’étant toujours refusée, malgré de nombreuses pressions internationales, à renoncer à l’usage de la force contre l’île rebelle. Même sans loi spéciale, tout le monde sait que la RPC prendrait l’initiative d’une attaque si Taiwan proclamait son indépendance, se dotait de l’arme nucléaire ou invitait des forces étrangères à stationner sur son territoire. Alors pourquoi ? Il fallait profiter de l’affaiblissement du président Chen Shui-bian qui a perdu les élections législatives. Surtout, Hu Jintao, le nouveau maître de la Chine, a besoin de s’assurer du soutien de l’armée très sensible sur ce sujet et dont le budget officiel vient encore d’être augmenté de plus de 12 %.
Cette malheureuse décision a eu deux conséquences. La première est le probable report de la décision de l’Union Européenne de lever l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine, dernière mesure restant des sanctions prises après les évènements de Tian’anmen. Elle fait le jeu des Américains et des Japonais qui y sont opposés pour des raisons évidentes. En fait, pour la Chine, il s’agit plus d’une question de principe que d’une nécessité. La deuxième conséquence est que, en riposte, les Etats-Unis et le Japon ont, pour la première fois, mis la stabilité dans le détroit de Taiwan dans leurs objectifs stratégiques. Cette déclaration est, sans aucun doute, la deuxième vraie raison des manifestations antijaponaises en Chine.
(Le PrepAsien N°16-mai 2005)
Le 11 septembre 2005, les Japonais sont retournés aux urnes après la dissolution de la Chambre basse par le Premier ministre réformiste Junichiro Koizumi. Celui-ci a remporté une formidable victoire, non seulement contre l’opposition, mais surtout contre les conservateurs de son propre parti qui avaient fait échouer son projet de réforme de la Poste dont il avait, depuis 2001, fait le symbole de son action gouvernementale.
Quelle est l’origine de la crise qui l’a poussé à prendre le risque d’une dissolution de la Chambre basse que tous les observateurs considéraient comme très risquée ? Pour comprendre, il faut se souvenir dans quelles circonstances il est devenu Premier ministre et ne pas oublier ses anciennes fonctions de ministre de la Poste. Malgré ses compétences en économie, ce dandy de la politique n’était pas le favori de son parti pour un destin national. Sa chance est venue de la perte de confiance de la société japonaise à l’égard des poids lourds du parti au pouvoir.
En avril 2001, alors que les pronostics annonçaient une probable défaite du PLD aux prochaines élections sénatoriales, il fut élu président du PLD, ce qui au Japon ouvre automatiquement la voie aux fonctions de chef de gouvernement. En fait, ce qu’attendaient de lui les caciques du parti, c’était simplement de sauvegarder les positions du PLD aux élections à venir, et en particulier de ramener aux urnes les jeunes du pays qui boudaient les élections mais qui avaient de la sympathie pour ce politicien atypique. Il n’était pas question de le laisser lancer des réformes qui auraient mis en danger leurs avantages acquis dans de nombreuses sociétés. Nommé Premier ministre, rompant avec les traditions du PLD qui voulaient que chaque faction désigne ses représentants dans le gouvernement, il a choisi lui-même chacun de ses ministres en fonctions de leur aptitude à procéder aux grandes réformes économiques qui ont été la base de sa campagne électorale et, pour la première fois dans l’histoire du Japon, il désigne une femme à la tête du ministère des Affaires Etrangères. A part ces gestes symboliques, il n’arrive pas à mettre au pas les immobilistes de son parti au parlement. De son passage au ministère des Postes et Communications, il a conclu à la nécessité de privatiser cette institution qui gère une énorme partie de l’épargne japonaise.
Lorsque 37 députés de son propre parti ont voté contre son projet de loi sur la Poste, il a pris le parti extrêmement risqué de dissoudre la Chambre basse et de retirer l’investiture de son parti aux députés rebelles, demandant aux électeurs de se prononcer sur son projet. Le résultat fut un véritable plébiscite, le PLD, en fait Koizumi, obtenant la majorité absolue pour la première fois depuis 1986.
Expurgé d’une partie de la vieille garde de son parti, Koizumi va-t-il se lancer dans une vaste campagne de nouvelles réformes ? Beaucoup en doutent, d’autant plus qu’il a annoncé son intention de démissionner à la fin de son mandat en novembre 2006. Alors que l’économie japonaise se porte lentement de mieux en mieux depuis un an, sans que l’action du gouvernement en soit directement responsable, Koizumi qui appartient à la faction la plus nationaliste du PLD va sans doute concentrer ses efforts sur le statut de son pays à l’Onu et faire modifier la constitution pour mettre fin aux restrictions imposées au forces armées du Japon.
Le Japon, à lui seul, contribue pour près de 20% du budget de l’Onu, alors que les membres permanents du Conseil de sécurité, à l’exception des Etats-Unis, participent dans des proportions infimes. Il réclame donc un poste de membre permanent. En septembre dernier, l’assemblée générale de l’Onu n’a pas réussi à réformer la constitution de son Conseil de sécurité où le Japon n’y a pas plus de pouvoir que le Vatican ou le Luxembourg. Devant cet échec, de nombreuses voix s’élèvent au Japon pour la réduction de la contribution de leur pays au fonctionnement de l’Onu. A la différence des autres candidats à un poste de membre permanent, la réduction de la contribution japonaise perturberait gravement le fonctionnement de l’Onu.
Officiellement, le Japon, selon la constitution que lui ont imposée les Etats-Unis, n’a pas le droit d’avoir une armée. Mais après la guerre de Corée, il s’est doté d’une « Force d’autodéfense » qui constitue aujourd’hui une des forces armées les plus puissantes du monde. Cependant, le gouvernement n’a pas le droit de l’engager en dehors du territoire national, même dans le cadre des forces de l’Onu. C’est ce que voudrait changer Koizumi, mais cela passe par une modification de la constitution qui est loin d’être acquise.
(Le PrepAsien N°17-octobre 2005)
L’Inde commence à connaître un certain engouement. Les hommes d’affaires et les dirigeants politiques s’y succèdent. Avec plus d’un milliard d’habitants, ce pays anglophone peut-il devenir aussi attractif que la Chine ? Devenus maîtres de leur destin à peu près en même temps (1947 et 1949), ayant une population presque identique, pourquoi l’Inde reçoit-elle quinze fois moins d’investissements directs étrangers que son grand voisin ? Les raisons sont historiques, culturelles, politiques et économiques.
Avant d’être unie dans ce qui fut l’Empire des Indes britanniques, ce qui est l’Inde d’aujourd’hui était constituée d’une multitude de principautés archaïques, parfois partiellement réunies dans des empires dont les souverains étaient souvent d’origine étrangère. A côté, la Chine, unifiée, imposait sa langue et sa religion à des voisins qui copiaient ses institutions. Il est ironique de constater que le bouddhisme, religion d’une dizaine de pays, est né en Inde où il a disparu, balayé par l’islam. Pendant la période de colonisation, à part quelques comptoirs français ou portugais, les Britanniques ont tenu les étrangers à l’écart. Au contraire, en Chine, toutes les grandes puissances étaient non seulement présentes, mais, en plus, profitant de la faiblesse de l’empire, elles s’y étaient taillées d’immenses zones d’influence.
Ainsi, lorsque naît l’Union indienne, en août 1947, ce pays est très peu connu. Sa religion dominante, l’hindouisme, et sa société divisée en castes qui en découle paraissent extrêmement compliquées et parfois effrayantes. Elle avait pour elle d’être un pays aux élites anglophones et de s’être dotée d’institutions démocratiques. Mais à cause de son extrême pauvreté et de ses conflits armés avec le Pakistan, allié de l’Occident, aucun des pays qui le composent n’a accepté de l’aider à se développer. Elle s’est alors tournée vers l’Union soviétique.
Pendant toute la guerre froide, l’Inde a été un membre actif du Mouvement des non alignés, et surtout l’allié indéfectible de l’URSS à laquelle elle était liée par un pacte de sécurité et qui était son unique source d’équipements militaires. Cela l’a conduite à soutenir Moscou dans toutes ses positions ou initiatives diplomatiques. Elle a refusé de condamner l’invasion de l’Afghanistan et a reconnu le régime installé à Phnom Penh par le Viêt Nam, allié de l’Union soviétique. Après la rupture sino-soviétique de 1960 et une guerre de quelques semaines avec la Chine en 1962, l’Inde a vécu dans un environnement hostile pendant 25 ans. Dans le sous-continent indien, New Delhi s’est comportée comme une puissance régionale hégémoniste, annexant le Sikkim, organisant le blocus du Népal après une vente d’armes chinoises, intervenant militairement à Sri Lanka et aux Maldives. A l’intérieur, le socialisme et le protectionnisme pratiqués par Indira Gandhi au pouvoir de 1966 à 1977, puis de 1980 à 1984, avaient tout pour écarter de l’Inde, les diplomaties et mondes des affaires occidentaux.
C’est en 1991, treize ans après la Chine que l’Inde a commencé, timidement, à assouplir ses lois concernant les investisseurs étrangers. La victoire du BJP, parti ultranationaliste hindouiste, en 1998, n’a pas freiné cette politique d’ouverture économique. Après la réconciliation sino-soviétique, puis l’effondrement de l’URSS, la Chine et l’Inde se sont réconciliées malgré la persistance de leur différent frontalier. Par contre, les essais nucléaires indiens de 1998 ont provoqué la condamnation de l’ONU et des sanctions économiques. L’Inde va rapidement réussir à donner d’elle une image positive. En mai 1999, le Pakistan va provoquer un nouveau conflit à propos du Cachemire. Cette action va irriter le président américain Bill Clinton qui va, reconnaissant au Premier ministre indien Vajpayee pour sa retenue dans ce conflit, snober le Pakistan et effectuer un voyage triomphal en Inde en mars 2000.
Si, grâce à sa coopération après les attentats du 11 septembre, le Pakistan a réussi à ne pas être abandonné par les Etats-Unis, il est clair que l’Inde dispose maintenant d’un capital de sympathie important. Le retour au pouvoir du parti du Congrès, dirigé par une femme d’origine italienne, Sonia Gandhi en mai 2004, a amené à la direction du gouvernement Manmohan Singh, celui-là même qui en 1991, comme ministre des finances, avait ouvert son pays aux investisseurs étrangers.
Aujourd’hui, les perspectives économiques de l’Inde sont telles que Georges Bush a proposé en juillet 2005 une coopération nucléaire civile, alors qu’elle est interdite avec tout pays disposant ou soupçonné de posséder l’arme nucléaire. Ce pays qui reçoit quinze fois moins d’investissements directs étrangers que la Chine et où le coût salarial est largement inférieur à celui de son voisin devrait devenir rapidement le futur Eldorado.
La France n’est pas absente de cette mutation de l’Inde. Jacques Chirac y a effectué un voyage réussi en janvier 1998 et Manmohan Singh est venu en France en septembre dernier. Il a été décidé de doubler les échanges franco-indiens dans les cinq prochaines années. Pour l’instant, la France n’est que le 15e fournisseur de l’Inde et son 11e client. Nos investissements y sont encore insignifiants. Qui sont ceux qui vont changer cette situation anormale ?
(Le PrepAsien N°18-janvier 2006)
L’Indonésie n’a connu que deux Présidents de la République de la proclamation de l’Indépendance par Sukarno le 17 août 1945 à la démission forcée de Suharto le 21 mai 1998, avec trente-deux ans de dictature pour celui-ci. Depuis, quatre présidents se sont succédés à la tête de cet immense pays de plus de 200 millions d’habitants, mais en six ans, l’Indonésie est passée de la dictature à la démocratie, de la violence à l’apaisement.
La fin de la dictature est liée à la combinaison de deux facteurs : l’éviction de Megawati Sukarnoputri de la présidence du Parti Démocratique Indonésien (PDI) en juin 1996 et la crise financière de 1997-1998. Suharto, habitué à être réélu à l’unanimité, craignait que la fille de son prédécesseur, qu’il avait écarté en 1965, se présente contre lui. Bien que nullement menacé par cette éventuelle candidature, il a donc encouragé un coup de force au sein du PDI qui a expulsé sa présidente. Megawati est alors devenue le symbole et le porte-drapeau de tous les opposants à ce pouvoir corrompu et népotiste. Lorsque la crise financière de 1997-1998 a éclaté, l’Indonésie a été le pays le plus affecté, et son PIB a diminué de 17 % en 1998. La communauté internationale s’est précipitée au secours de l’Indonésie alors qu’elle n’avait pas bougé quand la Thaïlande et la Malaisie avaient été frappées. Mais Sukarno a triché avec le FMI et celui-ci a suspendu ses prêts. Les manifestations de la faim devant la flambée des prix ont rejoint les manifestations politiques, et les émeutes de plus en plus violentes ont été détournées contre la communauté chinoise puis contre les chrétiens. Après trois jours d’émeutes et plus d’un millier de morts dues principalement à des tirs de l’armée, Suharto s’est résigné à démissionner, lâché par l’armée et par son propre parti, le Golkar.
Le pouvoir a été transmis au Vice-Président Yusuf Habibie, dauphin de Suharto aujourd’hui disparu de la scène politique. L’Histoire devra lui rendre hommage : dans des conditions difficiles, la rue le considérant comme un Suharto bis, il a immédiatement chassé les proches de son mentor du gouvernement, fait libérer les prisonniers politiques et rétabli la liberté de la presse. Il a surtout réintroduit le multipartisme, fait adopter une nouvelle constitution démocratique et organisé les premières élections libres de ce pays. Il a aussi fait ce qui est apparu comme une trahison par tous les partis politiques, il a accepté la demande de la communauté internationale d’organiser un référendum sur l’indépendance du Timor Oriental qui s’est traduit par la perte de cette province. A cause de cela, il n’a pas été le candidat de son parti pour les élections présidentielles d’octobre 1999.
En juin 1999, alors que 47 partis étaient en compétition, le nouveau parti de Megawati, le PDI-P remporte à lui seul le tiers des voix et des sièges de députés. Sûre de sa victoire, elle ne croit pas nécessaire de faire des alliances politiciennes. Au moment de l’élection présidentielle par les députés et un groupe de représentants des provinces en octobre suivant, un groupe de partis d’inspiration islamique se coalise contre elle. Devant son échec prévisible, son allié Abdurrahman Wahid, président du PKB, chef de la Nahlatul Ulama, la plus grande association musulmane du pays, se présente contre elle, et est élu. Pour tenir compte de la fureur des électeurs frustrés, il réussit à la faire élire Vice-Présidente.
Musulman modéré, oecuménique, Wahid avait tout pour plaire à la communauté internationale dans une période où l’islamisme militant dominait de nombreux pays asiatiques. Il a pourtant énormément déçu. Sa présidence a été complètement irrationnelle. Son mépris pour le parlement et pour sa Vice-Présidente, ainsi que des malversations dans son entourage, ont conduit à une procédure de destitution qui a paralysé le pays et surtout les éventuels investisseurs de février à juillet 2001. Destitué, il a donc, selon la constitution, cédé sa place à Megawati. Mais celle-ci, pendant trois ans de présidence « par intérim » n’a réglé aucun des problèmes rongeant la société indonésienne. L’économie n’a pas redécollé ; la corruption, les problèmes des séparatismes à Aceh et en Papouasie, les affrontements entre musulmans et chrétiens aux Moluques et aux Célèbes n’ont connu aucun répit. Pire, toujours sous la pression du bloc islamique qui lui avait barré la voie de la présidence en 1999, elle n’a pas voulu réagir contre l’activisme islamiste, ce qui a conduit aux 202 morts du terrible attentat de Bali en octobre 2002.
Décevant son électorat, c’est sans surprise, qu’après un bilan aussi négatif, son ancien ministre de la sécurité qui a été le premier à réagir énergiquement après les attentats de Bali, le général Susilo Bambang Yudhoyono (surnommé SBY), l’ait battu à l’occasion des premières élections présidentielles organisées au suffrage universel en septembre 2004. Depuis son élection, il a vigoureusement lutté contre la corruption faisant arrêter un gouverneur de province et même le président de la commission électorale qui l’a désigné vainqueur des élections présidentielles. Le problème du séparatisme achénais a été réglé et celui de la Papouasie pourrait l’être bientôt dans le cadre d’une vaste autonomie.
Les tensions entre les musulmans et les chrétiens se sont calmées au point que pour Noël dernier les organisations musulmanes, même les plus radicales, ont proposé de mettre leurs locaux à la disposition des catholiques dont les églises ont été fermées ou détruites. Les Etats-Unis ont également repris une collaboration militaire suspendue pendant quatorze ans en raison des exactions commises par les militaires contre les populations d’Aceh et du Timor Oriental. Même si l’inflation reste encore forte, l’économie se redresse progressivement avec une croissance proche de 6 %, mais c’est encore faible. Dans cette Indonésie apaisée, pour que les investissements étrangers reviennent, il ne manque plus qu’un cadre juridique aussi favorable que dans les autres pays de la région. Le gouvernement indonésien s’y emploie.
(Le PrepAsien N°19-mai 2006)
Avec 48 millions d’habitants sur moins de 100 000 km2, et une économie hyper dynamique, la Corée du Sud est aujourd’hui à la croisée des chemins. La situation politique y est incertaine et ses relations extérieures difficiles, en particulier avec le Japon et les Etats-Unis en raison du désaccord sur la Corée du Nord avec laquelle rien ne va vraiment.
La période de dictature militaire, longue de 23 ans, s’est achevée en 1993 par le retour du pouvoir aux civils avec le président Kim Young-sam, bien que dauphin du dernier général-président. Le vrai changement est arrivé avec l’élection à la tête de l’Etat du leader de l’opposition, Kim Dae-jung. Sa politique de la main tendue au Nord a été une révolution dans les relations inter-coréennes. Elle a conduit au seul sommet entre les deux parties de la péninsule coréenne, donné beaucoup d’espoirs à l’administration Clinton, mais a été désapprouvée par celle du président Bush. La fin de la présidence de Kim Dae-jung a été marquée par de nombreux scandales, mais contre toute attente, c’est un membre de son parti, Roh Moo-hyun, l’actuel président, qui lui a succèdé en 2003.
Roh Moo-hyun aura eu une présidence difficile. Alors que l’opposition du Grand parti national (GPN) domine encore l’Assemblée nationale, son action politique l’amène rapidement à entrer en conflit avec le Parti démocratique du millénaire (PDM) dont il est issu. Ce parti va finalement le lâcher et déposer avec le GPN, en mars 2004, une motion de destitution, sous un motif futile, qui va échouer. Les électeurs, écoeurés par ces manœuvres politiciennes, vont venir au secours de leur président en élisant massivement des députés de l’Uri, parti fondé pour le soutenir. Mais c’est un parti formé de gens de divers horizons, sans véritable doctrine. Après une première alerte en mai 2005 où le PDM a remporté 5 des 6 sièges mis en jeux à l’occasion d’élections partielles, les candidats de l’Uri ont été laminés lors des élections régionales de mai 2006. Des scandales financiers dans l’entourage du président et une tentative d’attentat contre la leader de l’opposition, Madame Park Geun-hye, expliquent cette déroute. Alors que l’Uri n’a pas de figure charismatique, Madame Park et l’opposition de droite pourraient remporter la prochaine élection présidentielle de décembre 2007, puis les élections à la chambre des députés qui suivront.
Roh Moo-hyun a poursuivi la politique de la main tendue vers Pyongyang au grand dam de George Bush, mais celui-ci a dû en accepter le principe en échange d’une contribution importante des Coréens à sa guerre en Irak. La Corée, avec 3 000 hommes, offre, après le retrait espagnol, le plus fort contingent derrière la Grande-Bretagne. De la part de Roh Moo-hyun, l’envoi des troupes coréennes a été une manière d’effacer l’image d’anti-américaniste qu’il avait avant son élection et de manifester que son approche différente du problème coréen n’excluait pas l’alliance avec les Etats-Unis dont la présence militaire sur le sol coréen est l’engagement de ce pays à venir à son secours en cas d’une attaque nord-coréenne. Ce que reproche Roh Moo-hyun à l’administration de George W. Bush, c’est sa trop grande rigidité dans la manière de traiter le problème nord-coréen, en particulier les sanctions économiques imposées par Washington sous prétexte que la Corée du Nord fabriquerait massivement des faux dollars. Un autre contentieux avec les Etats-Unis est le commandement des forces américano-coréennes. Depuis 1953, les Américains en ont le commandement. Les Coréens souhaitent que dans un rapport de 650 000 Coréens contre 33 000 Américains, ce soit eux qui assument cette fonction. La question, soulevée depuis longtemps, pourrait trouver sa solution lors du sommet entre les deux présidents cet automne.
Le dialogue intercoréen n’est guère facile. Depuis 1992, les deux parties se reconnaissent mutuellement. On sait maintenant que le fameux sommet intercoréen de juin 2000, qui avait valu à Kim Dae-jung le prix Nobel de la paix avait été acheté. Malgré l’aide massive du Sud, il a fallu août 2003 pour que le dialogue intercoréen, gelé depuis la prise du pouvoir par l’actuel président américain, reprenne véritablement avec la perspective de la réouverture des liaisons routières, ferroviaires et aériennes. Cette embellie aura été de très courte durée car deux mois plus tard, a éclaté la seconde crise à propos du programme militaire nucléaire nord-coréen. En 1994, Pyongyang s’était engagé à geler son programme nucléaire en échange de la construction de deux usines nucléaires à eau légère et des livraisons de pétrole financées par un groupe de pays regroupés dans une organisation appelée Kedo (Korean peninsula Energy Development Organisation). En octobre 2003, les Américains on révélé qu’en fait les Nord-Coréens ont secrètement continué leur programme nucléaire militaire. Les activités du Kedo ont été gelées, mais l’aide humanitaire internationale a continué. Après les essais de missiles balistiques nord-coréens du 5 juillet 2006 et la condamnation de l’Onu, Séoul a suspendu ses livraisons de céréales et d’engrais et Pyongyang a mis fin aux rencontres des familles séparées depuis la guerre de Corée. Séoul a cependant accordé une aide exceptionnelle après les inondations meurtrières de l’été dernier. Roh Moo-hyun a échoué dans son rêve d’être l’intermédiaire dans le dénouement de la crise.
Les tensions dans la région risquent de s’aggraver. La visite annuelle de M. Koisumi, l’actuel Premier ministre japonais, au mémorial de Yasukuni où sont enterrés, entre autres, des criminels de guerre, crée chaque année une vive tension entre Tokyo et Séoul, ainsi qu’avec Pékin. Shinto Abe qui va devenir le nouveau Premier ministre nippon est encore plus faucon que son prédécesseur. Il approuve ces visites, veut modifier la constitution pacifique de son pays et durcir le ton à l’égard de la Corée du Nord. La perspective, fort probable, du retour du GNP au pouvoir au Sud dans un an conduira à un resserrement des liens avec les Etats-Unis et une nouvelle politique, plus dure à l’égard du Nord avec une drastique baisse de l’aide sudiste ce qui va pousser Pyongyang à de nouvelles provocations.
(Le PrepAsien N°20-octobre 2006)
En 2007, le monde chinois va entrer dans l’année du Cochon généralement réputée prospère et fertile. Pourtant l’Asie du Nord-est va connaître de profonds changements politiques et va rester une zone de tensions internationales. Moins de bouleversements sont à prévoir dans la zone de l’Asean tandis que les turbulences en Asie méridionale devraient continuer "as usual".
En Chine, Hu Jintao a été élu secrétaire général du Parti communiste chinois en novembre 2002, mais il n’était pas le dauphin de son prédécesseur qui, avec tous les pouvoirs dont il disposait, l’a entouré de sa garde rapprochée dite "Clique de Shanghai". Comme le montre le récent limogeage du chef de la capitale économique du pays, les amis de Jiang Zemin seront écartés du pouvoir à l’automne à l’occasion du XVIIe congrès du PCC et Hu Jintao sera enfin le maître incontesté du pays.
Au Japon, le Premier ministre Koizumi vient de passer la main à son ami Shinzo Abe. Ce dernier s’est immédiatement empressé de détendre les relations avec la Chine et la Corée du Sud. Avec une large majorité à la diète et pas d’élections législatives avant près de trois ans, M. Abe ne devrait pas connaître de grosses difficultés en 2007.
On ne peut pas en dire autant des présidents sud-coréen et taiwanais. En Corée, le président Roh Moo-hyun qui n’est pas rééligible sera relevé à la fin de l’année. Le parti présidentiel, l’Uri, a connu un échec cuisant aux élections locales de mars dernier. Aucune personnalité de ce parti fourre-tout n’émerge et le prochain chef d’Etat pourrait bien, en décembre, être pour la première fois… une femme. Il s’agit de Mme Park Geun Hye, fille d’un ancien général-président et chef du principal parti d’opposition, le Grand parti national classé à droite. La situation de Chen Shui-bian est encore plus délicate. Accusé de corruption, il vient d’échapper à une troisième tentative de destitution tandis que des manifestations quotidiennes réclament sa démission. Réélu de justesse en mai 2004, s’il arrive à se maintenir au pouvoir, il passera une très mauvaise dernière année à la tête de Taiwan, tandis que le KMT qui a dirigé l’île de 1949 à 1998 se prépare à revenir aux affaires.
La crise provoquée par l’essai nucléaire nord-coréen en octobre dernier va continuer à perturber la région et les relations entre Séoul et Washington. Reste à savoir si les autorités de Pékin vont réussir à ramener Pyongyang à la table des négociations. Ce qui est certain, c’est qu’elles vont continuer de refuser tout contact avec le président indépendantiste taiwanais pour le peu de temps qui lui reste à diriger la "province rebelle".
La situation en Asie du Sud-est connaîtra moins de bouleversements. Aucune avancée n’est à attendre des dictatures de la région, qu’elles soient birmane, vietnamienne, laotienne ou cambodgienne. Le coup d’Etat militaire du 19 septembre dernier à Bangkok s’est fait avec l’assentiment si ce n’est l’incitation du palais royal. Il a été largement approuvé par la population urbaine. L’année 2007 va être très importante puisque une nouvelle constitution va être écrite et adoptée par une assemblée constituante formée de personnalités choisies par les dirigeants du Conseil privé du roi. Le paysage politique qui émergera des élections promises par les militaires pour le mois d’octobre reste incertain après l’effondrement si ce n’est l’autodissolution du Thai Rak Thai du Premier ministre déchu Taksin Shinawatra qui détenait 375 des 500 sièges à la chambre des représentants. Si on assiste, comme c’était le cas avant 2001, à la renaissance d’une multitude de petits partis formant des coalitions éphémères, une grande instabilité gouvernementale pourrait redevenir le quotidien de la Thaïlande. En Malaisie et à Singapour aucune échéance politique n’est prévue en 2007. Dans ces deux pays, un seul parti est au pouvoir depuis l’indépendance acquise pour le premier en 1957 et en 1965 pour le second. Leur suprématie n’est pas contestée, en particulier à Singapour dirigé par le fils du père de l’indépendance qui reste toujours membre du gouvernement et dont le parti détient 96 des 98 sièges au parlement.
L’immense Indonésie est en phase de convalescence. Elle en est à son quatrième président depuis le renversement du général-président Suharto en 1998, après trente-deux ans de dictature. Le général Susilo Bambang Yudhoyono qui préside au destin du pays depuis septembre 2004 a ramené la stabilité, lutté contre le terrorisme et la corruption et, aidé par le tsunami, mis fin à l’insurrection séparatiste islamiste dans la région d’Aceh. Même si la situation des relations entre musulmans et chrétiens reste volatile aux Célèbes et aux Moluques, même si le pays reste une victime potentielle d’attentats islamistes, même si on reproche au président un bilan économique décevant, la situation politique restera stable en 2007.
L’Asie méridionale va rester gelée dans ses conflits. Le seul point positif est la récente paix signée au Népal entre le gouvernement et la rébellion maoïste après que le roi, très impopulaire, ait été contraint de rendre le pouvoir au parlement. Mais rien n’est réglé sur l’avenir de la monarchie et cela menace l’accord entre les deux parties.
Ailleurs, malheureusement, rien ne semble vouloir changer. Malgré la volonté d’apaisement entre les gouvernements indien et pakistanais, les tensions à propos du Cachemire restent vives, attisées par des extrémistes des deux pays. La position fragile du général Musharraf va perdurer, coincé entre les Etats-Unis et ses islamistes qui soutiennent les Talibans en Afghanistan et les séparatistes cachemiris tout en devant faire face aux tendances séparatistes du Baloutchistan. Rien ne semble apaiser la politique de la rue au Bangladesh où l’islamisme se montre de plus en plus actif. Surtout, même si la trêve n’est pas officiellement rompue, le conflit armé entre les Cingalais et les Tamouls du Sri Lanka a repris en intensité et 2007 pourrait voir le retour officiel de la guerre civile.
L’Inde est le seul pays connaissant une véritable stabilité politique malgré la possibilité d’imprévisibles tensions entre les communautés hindoues et musulmanes. Sa croissance économique, sa main d’œuvre bon marché et des conditions de plus en plus favorables aux investisseurs étrangers, sa politique de séduction vers les Occidentaux et en particulier vers les Etats-Unis, en font le nouvel Eldorado asiatique. Cette tendance devrait se confirmer cette année.
En bref, si certains changements politiques sont à attendre en Asie, peu devraient affecter sérieusement la région. La chute de Chen Shui-bian pourrait apaiser les tensions Chine-Taiwan et le retour au pouvoir du GNP en Corée rétablir le climat de confiance entre les Etats-Unis et la Corée du Sud. En ce qui concerne la Corée du Nord… le feuilleton va continuer.
(Le PrepAsien N°21-janvier 2007)
L’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est - ou Asean en anglais - est parfois considérée comme l’Union européenne de l’Asie. Les différences entre ces deux entités sont cependant bien plus importantes que les ressemblances. Peuvent-elles malgré cela coopérer, et dans quels domaines ?
Les vingt-cinq pays que rassemble l’Union européenne représentent grosso modo l’Occident chrétien, quand l’Asean ne compte que dix membres avec un clivage essentiel : la partie continentale, au nord, est formée de populations venues du sud de la Chine avec laquelle elles partagent le bouddhisme. Il s’agit de la Birmanie, de la Thaïlande et des trois pays de l’ex-Indochine française : Vietnam, Laos, Cambodge. Au sud, c’est le monde malais islamisé : Malaisie, Indonésie et sultanat de Brunei, avec deux exceptions notables : la citée-nation de Singapour est, comme on le sait, à 75 % chinoise, et les Philippines, bien qu’ethniquement malaises, sont à plus de 80 % catholiques après 380 ans de colonisation espagnole puis américaine.
La démarche initiale pour fonder ces deux entités a été très différente. En Europe, on a voulu rendre impossible un nouveau conflit en créant une union économique puis politique entre des pays aux valeurs communes. L’Asean n’était à l’origine qu’une intention de principe entre cinq pays, certains encore très jeunes, qui avaient besoin de calmer le jeu entre eux. Si ces pays représentaient les nations capitalistes indépendantes de la région lors de sa création en août 1967, la donne a changé avec l’adhésion du Vietnam en 1995 et du Laos en 1997, mettant l’Asean en contradiction avec sa déclaration de 1971 qui en faisait une "zone de paix, de liberté, et de neutralité". La fondation, en 1963, de la Fédération de Malaysia, a ensuite provoqué de vives tensions entre la jeune entité et l’Indonésie et les Philippines, l’une réclamant la totalité des anciennes possessions britanniques sur l’île de Bornéo et l’autre le Sabah. Par ailleurs, Singapour avait été exclue rapidement, deux ans après son adhésion à cette fédération.
La déclaration de Bangkok n’était en fait qu’une déclaration de principe, signée par cinq ministres des Affaires étrangères et non un traité ratifié par les parlements des pays membres : il faudra attendre 1976 pour voir la signature par les chefs d’Etat et de gouvernements d’une Déclaration de concorde proposant le règlement pacifique de toutes tensions entre les pays membres et la décision de ne jamais commenter la situation intérieure des pays membres. C’est en fait le retrait américain du Vietnam et la crainte commune de l’expansion du communisme en Asie qui provoqua ce sommet.
Le fonctionnement de l’Union européenne et de l’Asean sont un bon exemple des différences culturelles entre l’Asie et l’Occident. Ainsi, les décisions sont prises par l’Union européenne à la suite d’un vote, c’est-à-dire par un rapport de force, et la règle de l’unanimité fait qu’un pays peut empêcher toute résolution. On l’a vu en son temps quand la Grèce a bloqué par solidarité orthodoxe toute condamnation des Serbes et déclaration sur le Kosovo, ou plus récemment avec la Pologne sur d’autres sujets. En Asie, on préfère le principe de la recherche d’un consensus, et l’on discute aussi longtemps qu’il faut pour qu’un accord soit atteint. À l’occasion du trentième anniversaire de l’Asean en 1997, il avait été prévu que l’Association accueille les trois pays manquant de la région - Birmanie, Laos et Cambodge. Malgré le soutien du Vietnam, les réticences de Singapour et de la Thaïlande ont suffi pour bloquer l’adhésion du Cambodge où venait de se produire un coup de force. L’exemple le plus flagrant est sans doute celui de la Malaisie qui, au sein de l’Asia-Pacific Economic Cooperation (APEC) rassemblant 21 pays des deux rives du Pacifique, et dont tous les membres de l’Asean font automatiquement partie, a toujours signé la déclaration finale des réunions annuelles appelant à plus de libéralisation pour sortir de la crise financière des années 1997-1998, alors qu’au niveau national ce pays prenaient des mesures protectionnistes.
En ce moment, l’Asean est en train de plancher sur une nouvelle charte et le fonctionnement de l’Union européenne est particulièrement analysé. Les rédacteurs du projet écartent cependant toute idée d’une suprématie de l’Association sur la souveraineté économique des Etats membres, à l’opposé de ce qui se fait dans l’Union européenne.
On peut se demander ce qui rapproche ces deux organisations régionales. La question n’est plus de comparer les fonctionnements, mais de déterminer des convergences. L’Asean a fondé en 1994 l’Asean Regional Forum - et non "Asia" Regional Forum comme trop souvent lu dans la presse. Alors qu’il n’existe aucun accord régional de sécurité en Asie, l’ASR est le seul lieu où les représentants de tous les pays concernés par le sujet peuvent en discuter chaque année à l’initiative de l’Asean. On y trouve la Russie, la Chine, la Corée, les Etats-Unis, l’Australie, l’Inde… et l’Union européenne. La France tient particulièrement à sa participation à ce forum dans le cadre de l’Europe. C’est d’ailleurs dans ce domaine que l’Union européenne espère pouvoir inspirer l’Asean en mettant en avant ce qu’elle fait avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Elle voudrait également promouvoir certaines de ses institutions comme le Conseil de l’Europe.
Bien que ce ne soit pas le sujet central de cette chronique de géopolitique, on ne peut écarter le fait que l’intérêt principal de l’Europe pour l’Asean est aussi, si ce n’est principalement, de caractère économique. L’existence de l’Apec, dont font partie tous les membres de l’Asean, menace en effet les échanges Asie-Europe du fait des avantages économiques que les Etats membres s’y accordent. C’est la raison pour laquelle la France a souhaité la création en 1994 de l’Asem (Asia-Europe Meeting) qui se voudrait l’équivalent de l’Apec pour les relations Europe-Asie. Pour l’instant, cette organisation qui ne se réunit que tous les deux ans, n’a abouti qu’à de vagues promesses de coopération. Certes, la France et plus généralement l’Union européenne, cherchent aujourd’hui à regagner une influence économique et politique dans cette région négligée après la grave crise financière des années 1997-1998. Pour que la confiance qui aujourd’hui fait défaut revienne, il faudra en particulier que l’Indonésie, qui à elle seule représente 40 % des 500 millions d’habitants de l’Asean, retrouve le chemin de la paix et de la croissance.
(Le PrepAsien N°22-mai 2007)
Cet été a été marqué par plusieurs anniversaires en Asie. La Chine a célébré le dixième anniversaire de la rétrocession de Hong Kong, l’Asean le quarantième anniversaire de sa fondation, l’Inde et le Pakistan les soixante ans d’une indépendance que la Malaisie n’a obtenue que dix ans plus tard.
Hong Kong, dix ans déjà
Les pronostics sur l’avenir du territoire étaient très pessimistes il y a dix ans, lorsque le 1er juillet 1997, sous une pluie battante, Hong Kong a été rétrocédé à la Chine. Les riches Hongkongais, qui déjà faisaient leurs affaires avec la Chine continentale, plaçaient leur fortune hors de Chine et cherchaient à obtenir des passeports étrangers. À l’Alliance française, le nombre record de 6 000 étudiants se formait au français, pas seulement pour émigrer en France… mais aussi pour partir s’installer au Canada. Aujourd’hui, la Région administrative de Hong Kong est toujours debout et toujours aussi florissante. Elle fonctionne sur le principe de "un pays, deux systèmes" formulé par Deng Xiaoping qui, décédé cinq mois plus tôt, n’aura pas vu l’accomplissement de son œuvre, pas plus que Zhao Ziyang qui avait négocié l’accord avec Margaret Thatcher, mais qui était en résidence surveillée depuis son limogeage…
Certes, il y a eu quelques changements :l’Union Jack a évidemment été remplacé par le drapeau de la République de Chine et le terme "royal" a été retiré du nom de la plupart des organisations, de même que le portrait de la reine sur les timbres et les billets de banque. Étrangement, le Hong Kong Royal Club a conservé son nom.
Hong Kong est resté toutefois membre à part entière d’organisations internationales comme l’OMC, l’Organisation mondiale des douanes, l’Apec ou la Banque asiatique de développement. Hong Kong garde sa monnaie et sa rubrique spécifique dans les statistiques chinoises du commerce extérieur. Les rues portent encore leur nom anglais, les statues comme celles de la reine Victoria sont restées en place, et on roule toujours à gauche.
Agacé par les critiques émanant du territoire, Pékin a bien tenté de museler la liberté d’expression, mais les projets de reprise en main ont été retirés devant les importantes manifestations de protestation. La présence de la Chine populaire s’exerce non par l’importance de sa garnison militaire, mais par ses nombreuses participations dans les grandes entreprises et dans les médias. Une seule promesse reste loin d’être remplie, celle de l’élection au suffrage universel de tous les députés et du chef de l’exécutif : le risque paraît trop grand.
L’Asean peut-elle rebondir ?
L’Association des Nations du Sud-Est asiatique a célébré ses quarante ans le 7 août 2007. Seuls cinq pays avaient participé à sa fondation et signé la "déclaration de Bangkok". Tous les pays de la région en sont aujourd’hui membres à l’exception du Timor Oriental.
En 1997 et 1998, la crise financière a touché surtout les pays du sud-est asiatique. Au lieu de réagir d’une manière concertée, les pays de l’Asean ont souvent agi alors indépendamment en prenant des mesures préjudiciables à un autre pays membre. La solidarité et surtout le principe de non-interférence dans les affaires intérieures des membres de l’Association ont été mis à mal. Les investissements étrangers sont partis vers l’Asie du Nord-Est et ne sont pas encore vraiment revenus.
l’Asean cherche aujourd’hui une nouvelle dynamique dans une formule élargie "Asean + 3" avec la Chine, le Japon et la Corée, ainsi que dans une zone de libre échange avec la Chine qui devrait voir le jour dans cinq ans et qui présente pour les pays de l’Asean des risques indéniables. L’organisation devrait aussi se doter en novembre prochain d’une nouvelle charte qui comprendra un volet sur les droits de l’homme.
La Malaisie a cinquante ans
À sa naissance le 31 août 1957, la Fédération malaise ne comportait que la péninsule malaise constituée de neuf sultanats et deux territoires autrefois cédés aux Britanniques : Malacca et Penang.
Ce n’est qu’en 1963 que fut fondée la Fédération de Malaysia que l’on connaît aujourd’hui, avec la brève participation de Singapour pendant ses deux premières années d’existence. Elle a été marquée par le long règne du Dr Muhammad Mahathir, Premier Ministre de 1981 à 2003, très ambitieux pour son pays, antioccidental et antisémite.
Son successeur, Mohammed Badawi, a montré une approche plus douce des problèmes et a mis fin aux tensions avec Singapour, persistantes depuis 1965. Son action lui vaut cependant les critiques acerbes de son ancien mentor depuis qu’il a renoncé à quelques uns des anciens projets de celui-ci, considérés aujourd’hui comme beaucoup trop coûteux.
Il n’empêche que maintenant encore, la très forte diaspora chinoise de Malaisie vit dans la discrimination. Cette minorité qui représente 24 % de la population et qui a fait la fortune du pays, reste écartée de la haute administration, de la direction des grandes entreprises et d’un accès libre aux universités au profit des Malais dont le parti, l’United National Malay Organisation, dirige depuis toujours le pays. Dans ce pays majoritairement musulman et réputé modéré, la religion est aujourd’hui encore obligatoirement inscrite sur les cartes d’identité. Les conversions vers une autre religion que l’islam sont strictement interdites, et une personne originellement inscrite comme musulmane ne peut faire procéder à un changement de religion…
Inde et Pakistan : deux destins
Le 15 août 1947, la Grande-Bretagne accordait dans la précipitation l’indépendance aux Indes britanniques après que les musulmans dirigés par Mohamed Jinnah aient arraché le droit de créer un Etat séparé. L’Inde est devenue aujourd’hui la démocratie la plus peuplée du monde avec une économie très dynamique et une société qui évolue vers une certaine modernité, tandis que le Pakistan n’a connu jusqu’ici que des dictatures militaires ou des régimes civils corrompus.
Le contentieux pour la souveraineté sur le Cachemire divise toujours les deux pays, même si Islamabad et New-Delhi cherchent depuis quelques mois à calmer le jeu. Le général Musharraf a toutefois bien du mal à assumer son autorité en luttant contre les islamistes et en maintenant un lien privilégié avec les Etats-Unis.
Avec sa montée en puissance, l’Inde est de plus en plus à même de lui ravir bientôt ce rôle d’interlocuteur privilégié dans la région…
(Le PrepAsien N°23-octobre 2007)
En Asie, la participation des armées au pouvoir politique peut avoir des raisons multiples. Dans les pays qui ont connu une décolonisation pacifique, la transition du pouvoir s’est généralement effectuée au profit des notables locaux qui ont gardé des liens plus ou moins étroits avec l’ancienne puissance coloniale (Inde, Malaisie, Sri Lanka…) En revanche, si l’indépendance a été le résultat d’une lutte armée, les cadres militaires de la rébellion sont généralement devenus les nouveaux maîtres du pays (Chine, Vietnam, Laos…) Mais qu’en est-il encore aujourd’hui ?
Armée et communisme, même combat
Les pays communistes sont l’exemple d’états ayant obtenu leur indépendance par une rébellion armée dont les cadres étaient à la fois les chefs politiques et militaires selon le principe de Mao Zedong pour qui "le pouvoir est au bout du fusil". En ce qui concerne le Parti communiste chinois, même si depuis 1997 il n’y a plus de militaire dans le Comité permanent du Bureau politique - qui constitue la poignée des vrais maîtres de la Chine - il en reste deux dans le Bureau politique et une quarantaine sur les quelques deux cents membres du Comité central. Les militaires restent donc politiquement très puissants. En Chine, les "anciens" ont toujours leur mot à dire, même s’ils n’ont plus de positions officielles, ce qui est le cas de nombreux militaires. Leur influence est particulièrement perceptible dans les pressions exercées par eux sur Hong Kong dans les années qui ont précédé la rétrocession, et aujourd’hui sur les menaces à l’égard de Taiwan.
En Corée du Nord, véritable dictature militaire, Kim Jong-il tient son pouvoir davantage de par sa position de chef des armées que par celle de secrétaire général du Parti des travailleurs. Les rares revenus du dernier pays stalinien de la planète vont toutefois d’abord dans les poches de la nomenklatura militaire. Au Vietnam, même si les militaires gardent une position importante dans la hiérarchie du Parti communiste vietnamien, plus aucun des trois principaux responsables du pays (le secrétaire général du parti, le Premier ministre et le président de la République) ne sont d’anciens généraux. Au Laos, si depuis dix-huit mois le pays a un Premier ministre civil, le Secrétaire général du Parti révolutionnaire populaire lao et Président de la République, Choummaly Sayasone, est un général de division.
Sauver la patrie ou réaliser ses ambitions personnelles ?
Les menaces d’agression extérieure ou de rébellion interne ont souvent servi de prétexte pour recourir à l’armée. C’est ainsi que, sans parler des dictatures militaires du Sud Vietnam, la menace communiste a été invoquée pour justifier la loi martiale à Taiwan de 1949 à 1987 ; aux Philippines par Ferdinand Marcos en 1972 et ce pendant neuf ans, sous le prétexte des rébellions communiste et séparatiste ; et en Corée du Sud en 1980 par le général Chun Doo-hwan arguant d’une menace nord-coréenne, mais en fait pour établir la plus dure des dictatures qu’ait connu le Pays du Matin Calme. La terrible dictature militaire qui tient la Birmanie d’une main de fer depuis 1988 a bien voulu voir l’ombre des communistes derrière les manifestations étudiantes de l’époque et même dans les défilés de bonzes du mois de septembre dernier.
A l’exception de la Thaïlande, où en 1932, il s’est agit de mettre fin à la monarchie absolue, les coups d’Etat militaires ont généralement été justifiés par la nécessité de supprimer un régime corrompu. Les derniers coups d’Etat ont été conduits sur cette base au Pakistan en octobre 1999, en Thaïlande en septembre 2006 et au Bangladesh en janvier 2007. Accusés de corruption, les deux principaux leaders politiques pakistanais ont dû vivre en exil pendant huit ans. Au Bangladesh, les deux femmes qui se sont disputé le pouvoir pendant des décades sont aujourd’hui en prison. Les récentes tentatives de coups d’Etat aux Philippines par des officiers de gauche ont été menées sous l’objectif annoncé de renverser la présidente Gloria Arroyo, accusée de corruption.
Les militaires sont-ils moins corrompus que les civils ? L’histoire aurait plutôt tendance à les mettre tous les deux dans le même sac . Le général Suharto qui a régné 32 ans sur l’Indonésie, dont l’épouse était surnommée "Madame 10%", attend toujours d’être jugé. Les deux derniers généraux-présidents de Corée du Sud ont été condamnés en 1997. Les Premier ministres thaïlandais, à l’exception du général Prem, et jusqu’à l’ancien Lt-Col Thaksin ont été corrompus, sans parler des généraux birmans actuellement au pouvoir. Echappent toutefois à ces accusations deux généraux qui exercent aujourd’hui la fonction de Président : Pervez Musharraf au Pakistan et Susilo Bambang Yudhoyono en Indonésie.
Servir son pays quelque soit son statut
Si les démocraties occidentales considèrent que le rôle des forces armées est de défendre l’intégrité du territoire national et les intérêts stratégiques du pays à l’étranger, sans intervenir dans la politique intérieure (d’où le surnom de la "Grande muette" en France), ce n’est absolument pas la philosophie des militaires asiatiques. Je me souviens de discussions passionnées sur ce sujet avec un ami indonésien, capitaine de vaisseau, qui n’avait rien d’une graine de dictateur. Pour lui, comme pour beaucoup d’officiers indonésiens ou thaïlandais en retraite, entrer en politique est une autre forme d’action pour se consacrer à son pays. En Thaïlande, presque tous les partis politiques ont été fondés et sont dirigés par d’anciens militaires. En plus, dans ce pays l’armée a sa propre banque et dirige plusieurs chaines de radio. En Indonésie, les militaires n’ont certes plus leurs propres députés au parlement et ne monopolisent plus la position de vice-président, mais ils ont réussi à préserver le principe de la "double fonction" ou Dwifungsi, c’est-à-dire civile et militaire, ce qui fait qu’un commandant militaire est souvent aussi le représentant local du gouvernement, sans parler des nombreuses entreprises encore dirigées par des militaires.
On le voit, le service de la Nation sait prendre bien des formes en Asie…
(Le PrepAsien N°24-janvier 2008)
Après son indépendance, le 31 août 1957, la Malaisie est progressivement passée d’une authentique démocratie à une "démocratie dirigée" pendant les vingt-deux ans de règne de Mohamad Mahathir bin Mohamad. De juillet 1981 à octobre 2003, le président de l’United National Malays Organization (UNMO) défendit les intérêts des Malais dans ce pays multiethnique. D’un chauvinisme outrancier, il s’était lancé dans des grands travaux, comme en témoignent la construction des tours Petronas à Kuala Lumpur, d’une nouvelle capitale administrative à Putrajaya et d’une Silicon Valley dans la région de Kuala Lumpur. Ses premières difficultés vinrent avec la grave crise financière qui a touché le Sud-est asiatique en 1997-1998. Mahathir bin Mohamad fut le seul chef de gouvernement des pays affectés à refuser l’aide du Fond Monétaire International. Il s’opposa alors vivement à son vice-premier ministre et ministre des Finances Anwar Ibrahim, également vice-président, leader des réformistes et idole des jeunes de son parti, successeur désigné depuis plusieurs années… Anwar Ibrahim fut rapidement démis de toutes ses fonctions et condamné quelques mois plus tard à de lourdes peines non confondues pour corruption et sodomie. Son procès scandalisa la communauté internationale et plus particulierement les dirigeants des pays associés à la Malaisie dans l’ASEAN.
Les partis politiques malaisiens sont ethniques par nature. Le premier parti politique fondé pour résister aux Britanniques fut l’UNMO, défendant les intérêts des Malais, suivi par la Malaysian Chinese Association (MCA) pour les Chinois, puis du Malaysian Indian Congress (MIC) pour la minorité indienne, essentiellement tamoule, employée aux tâches les plus humbles. Ces trois partis, alliés à quelques petits mouvements dans la partie malaisienne de Bornéo, forment le Barisan Nasional (Front National) au pouvoir depuis l’indépendance.
Après son éviction du pouvoir et de l’UNMO, quelques semaines avant son arrestation, Anwar Ibrahim avait fondé son propre mouvement, le Parti populaire de la justice, avec un mot d’ordre : "Réforme". C’est la première tentative de fonder un parti politique multiethnique en Malaisie.
Par la suite, les élections législatives de 1999 furent l’occasion pour certains électeurs malais, principalement membres du mouvement de la jeunesse de l’UNMO, de sanctionner Mahathir bin Mohamad par solidarité avec Anwar Ibrahim. Mais la stratégie électorale mise en place par l’opposition se révéla inefficace : présenter un candidat unique dans chacune des circonscriptions. Dans l’ethnie malaise, le parti qui s’oppose à l’UNMO est une formation fondamentaliste, le Parti islamique de Malaisie (Pas). Il était impossible pour un Chinois sympathisant de l’opposition et favorable au Democratic Action Party de voter pour un intégriste musulman, quand bien même celui-ci était la seule alternative contre l’UNMO. Il était tout autant difficile pour les musulmans mécontents de Mahathir bin Mohamad de voter pour un Chinois… C’est ainsi qu’en 1999, le Parti Populaire de la Justice - dont le flambeau avait été repris par l’épouse d’Anwar Ibrahim, Wan Azizazah Ismail - n’a fait élire que cinq députés.
Les Malais quant à eux manifestaient leur opposition en votant pour les islamistes du Pas qui passait de 18 à 27 députés et prenait le contrôle d’un second Etat de la Fédération. Et ce sont les Chinois d’opposition qui sauvèrent le Front National d’une déroute en choisissant le candidat de la MCA plutôt qu’un islamiste lorsqu’ils n’avaient que ce choix.
Après l’éviction d’Anwar Ibrahim, Mahathir bin Mohamad s’était choisi un nouveau successeur en la personne d’Abdullah Badawi dont la famille a longtemps été opposée à Anwar Ibrahim dans la circonscription de Penang. Le problème pour l’ancien leader a été que son successeur n’a pas suivi ses politiques de grands travaux, annulant plusieurs projets et prêtant davantage attention aux problèmes sociaux.
Vexé, Mahathir bin Mohamad a commencé, maintenant libre de ses propos, à se lancer dans des diatribes contre l’Occident, et surtout contre le successeur qu’il s’était lui-même choisi. Abdullah Badawi est arrivé au pouvoir avec une bonne image. Il s’est penché sur les problèmes sociaux de la Fédération et a nettement amélioré ses relations traditionnellement tumultueuses avec Singapour tout en mettant fin aux diatribes antioccidentales de son prédécesseur. C’est dans ces conditions que les élections de 2004 ont été une merveilleuse victoire pour le Front National qui a remporté 198 sièges contre seulement 20 pour l’opposition. Anwar Ibrahim oublié, son épouse étant la seule élue de son parti, les votes protestataires des Malais sont revenus à l’UNMO provoquant l’effondrement du Pas, tandis que les Chinois d’opposition, pouvant à nouveau présenter des candidats dans chaque circonscription, ont rétabli leur position de principal parti de l’opposition.
Le 8 mars dernier, la Malaisie est retournée aux urnes pour la douzième fois depuis son indépendance. Ces élections ont été une véritable claque pour Abdullah Badawi : pour la première fois, le Front National a perdu la symbolique majorité des deux-tiers des sièges. Cela n’est pas dû à une remontée des islamistes, mais à deux phénomènes très différents. Le premier est la montée de la frustration des ethnies minoritaires : les Chinois estiment injuste la ségrégation positive en faveur des Malais alors qu’ils ont sorti la Malaisie de la crise financière de 1997-1998 et qu’ils restent le moteur principal de la dynamique économique. S’y ajoute l’exaspération des Hindous, toujours considérés comme des sous-citoyens, qui ont bruyamment manifesté ces derniers mois, d’autant plus que dans plusieurs cas de conflits conjugaux mixtes, la justice malaisienne a systématiquement donné raison au conjoint musulman, du fait de la suprématie accordée aux cours islamistes. Le deuxième facteur est le travail de sape de Mahathir bin Mohamad contre son successeur. Anwar Ibrahim, libéré de prison, mais toujours juridiquement interdit de candidature à une élection, a remarquablement dirigé la relance de son parti qui, de un seul député (son épouse) en 2004 est passé à 31 au détriment de l’UNMO. Poussée en sous-main par Mahathir bin Mohamad, une importante faction de l’UNMO, après l’échec aux dernières élections, exige la démission d’Abdullah Badawi qui résiste. Combien de temps pourra-t-il tenir ?
(Le PrepAsien N°25-mai 2008)
Économie asiatique
Société asiatique
Accueil du site |
Contact |
Plan du site |
Espace privé
| Mentions légales
Pour un affichage optimal, installez le support des langues asiatiques pour votre système d'exploitation.
Site réalisé avec SPIP | Design par jl-creations.net