L’élection de Tarô Aso au poste de Premier ministre, le 24 septembre, marque le début de la campagne électorale. Pour la première fois depuis soixante ans, le pays pourrait connaître une véritable alternance. Les acteurs sont tous là. Le rideau va se lever. La route vers les élections législatives anticipées est tracée. Il s’agira d’un scrutin dont la valeur historique n’a guère de précédent. Tout d’abord, c’est la première fois dans l’histoire de la démocratie parlementaire japonaise depuis l’ère Meiji [1868-1912] que les électeurs auront la possibilité de changer directement de Premier ministre grâce aux urnes. La situation était différente lors des alternances passées. Le gouvernement du socialiste Tetsu Katayama, en 1947, et, en 1993, celui de la coalition anti-Parti libéral-démocrate (PLD) menée par Morihiro Hosokawa ont été le fruit de tractations après le scrutin. Les électeurs n’ont pas eu à désigner directement le Premier ministre.
Si, cette fois, le Parti démocrate, principale force d’opposition, emmené par Ichirô Ozawa, obtient la majorité des sièges, l’expérience Tarô Aso, le nouveau Premier ministre, n’aura guère duré longtemps. En revanche, si la majorité sortante l’emporte, les électeurs ne feront que confirmer le choix du PLD. Quelle que soit l’issue, nous ne sommes pas loin de "l’élection directe du Premier ministre". On peut dire sans exagérer que, pour une fois, les électeurs sont en mesure de choisir leur gouvernement.
Ce qui a permis cette évolution, c’est la réforme politique menée depuis vingt ans, à la suite du scandale politico-financier Recruit. On est passé d’une situation où un seul parti dominait à une situation où l’alternance était possible. Il ne s’agissait pas simplement de déloger le PLD du pouvoir. En introduisant le système des circonscriptions électorales à un seul élu, on a favorisé l’émergence d’une deuxième grande force politique, à laquelle il était possible de confier les affaires du pays. L’objectif était de rénover la politique de fond en comble. Il y a eu ensuite une période agitée, au cours de laquelle on a vu se multiplier les petites formations et se mettre en place un nouveau paysage politique. Et puis, après une tentative échouée d’union nationale et la démission de deux Premiers ministres coup sur coup en l’espace de deux ans, nous sommes arrivés à la situation actuelle, où deux grandes forces se font face. La bataille décisive peut désormais se livrer dans un contexte où l’objectif de la réforme politique est sur le point d’être atteint. C’est la deuxième raison pour laquelle le prochain scrutin a une valeur historique. Assistera-t-on à un raz de marée spectaculaire comme lors des élections anticipées de 2005 remportées par le PLD ou, de nouveau, à la valse-hésitation des ralliements et des défections sans victoire décisive d’un camp ni de l’autre ? Une chose est sûre, on ne veut pas d’un retour à la politique d’entente en coulisse entre la majorité et l’opposition.
La troisième raison est qu’il y aura peut-être une remise en cause de la politique néolibérale symbolisée par la réforme structurelle du gouvernement Koizumi [2001-2006]. Il y a dix ans, lors de la crise financière, on accusait souvent les politiques d’être incapables de remettre de l’ordre dans l’économie. On parlait de "risque politique". Les politiques ont donc entrepris la déréglementation et la réduction des dépenses publiques, tout en prônant une société fondée sur la responsabilité individuelle. Cela comportait des avantages et des inconvénients : les inégalités se sont creusées et la pauvreté a augmenté. Le système de protection sociale en a souffert. Aujourd’hui, avec la crise financière américaine, certains prétendent que "la main invisible est un risque".
Il est évident que le marché ne peut tout régler. Mais, quand les finances publiques ont aussi des limites, que peut-on faire ? C’est précisément dans l’adversité que les responsables politiques doivent proposer un choix tourné vers l’avenir. Dans cette optique, nous attendons des propositions percutantes de la part des formations, que ce soit le Komeito [d’obédience bouddhiste], le parti communiste ou le parti social-démocrate. Ichirô Ozawa considère ces élections comme son "dernier combat". Mais la politique japonaise continuera après lui, quel que soit le résultat. Le parti qui pleurera cette fois pourra rire la fois suivante. Le voyage sans fin dans l’alternance politique commence aujourd’hui.
Seiki Nemoto
Asahi Shimbun
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